Climat : le hareng s’adapte-t-il ?

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N° 399 - Publié le 28 avril 2022
OLIVIER DUGORNAY / IFREMER

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Le réchauffement climatique modifie les conditions de vie du hareng, un poisson qui a un rôle écologique et économique majeur.

Les Européens en sont friands ! Il faut dire que le hareng est riche en oméga 3 et a bon goût. C’est pourquoi il est l’une des espèces les plus pêchées. Mais il n’est pas épargné par le réchauffement climatique qui perturbe son habitat. Une équipe1 impliquant des Brestois s’intéresse à la façon dont les larves de harengs s’acclimatent pour survivre.
« L’étape larvaire est cruciale pour leur développement, de l’ouverture de la bouche jusqu’à la mise en place des nageoires, explique Léa Joly, doctorante en biologie à l’Ifremer à Brest et qui vient de soutenir sa thèse. Mais c’est aussi l’étape la plus vulnérable car les larves ne savent pas encore bien nager. Ce sont des proies faciles. » Outre l’aspect économique, le hareng est une espèce qui a un rôle écologique majeur car il est la proie de gros poissons2, des baleines et des oiseaux marins. Pour réaliser une fécondation artificielle au laboratoire, les chercheurs ont récupéré les œufs et le sperme de poissons pêchés dans la Manche. « Nous avons comparé le développement et la survie de deux groupes de larves. Dans le premier, les individus ont été élevés dans les conditions actuelles de température et d’acidité de la Manche. Les autres ont été soumis au scénario3 le plus pessimiste du Giec4 pour 2100. »

Dans des conditions extrêmes

Bonne nouvelle, la survie des larves reste inchangée. Par contre, lors de la dernière phase larvaire, la taille de l’individu et sa vitesse de croissance sont affectées. « Dans les conditions plus extrêmes, les individus atteignent le dernier stade quinze jours plus tôt mais sont plus petits de quelques millimètres. » Cela peut être un avantage ou un inconvénient : un développement plus rapide permet d’échapper à certains prédateurs tandis qu’une petite taille rend davantage vulnérable. Mais ces changements ont-ils des conséquences biologiques ? « Au niveau des organes, non. En revanche, des mécanismes de réponse au stress se mettent en place5. » Le hareng n’est donc pas si insensible au changement climatique qu’on pourrait le croire… Reste à savoir ce qu’il en sera en milieu naturel à l’âge adulte !

MARIE HILARY

1. De l’Institut Alfred Wegener en Allemagne et l’Ifremer à Boulogne-sur-Mer et à Brest.
2. Tels que le cabillaud et le lieu noir.
3. Le pH varie de 8 à 7,6 et la température de 11 °C à 14 °C.
4. Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat.
5. Un gène codant pour une hormone de stress a été exprimé à 14 °C et pH 7,6.

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