Comment se protéger des fournaises urbaines ?

Climat : notre santé en danger

N° 402 - Publié le 29 septembre 2022
MBRUXELLE / ADOBE STOCK

Magazine

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Lors des fortes chaleurs, chacun à son niveau développe des stratégies pour s’adapter.

Lʼété a été particulièrement chaud cette année. « Dans les villes, les températures ont été plus élevées que dans les espaces ruraux avec des écarts mesurés pouvant aller jusqu’à 10°C ! C’est ce qu’on appelle des îlots de chaleur urbains », explique Géraldine Molina. Chercheuse CNRS en géographie, urbanisme et aménagement à Nantes1, elle étudie le lien entre santé et climat dans le cadre du projet Senticlimat.

Plus d’angoisses et de dépressions

« À l’intérieur d’une même ville, l’intensité de ce phénomène varie selon la période considérée et le temps qu’il fait. » Cela dépend aussi de l’artificialisation des sols, des matériaux utilisés, des activités humaines2 ainsi que de la présence d’eau3 et de végétation. Ainsi, un habitant d’une commune peu urbanisée est potentiellement moins exposé lors d’une canicule qu’un habitant du centre-ville. Et le réchauffement global creuse ces inégalités en augmentant la fréquence des vagues de chaleur.

« Celles-ci ont des conséquences sur notre santé physique mais aussi mentale avec une augmentation de l’éco-anxiété, des angoisses et des dépressions. » La chercheuse insiste sur l’existence d’une injustice climatique où les personnes au pouvoir d’achat limité, et donc au bilan carbone le plus faible, sont les plus vulnérables. De fait, se protéger de la chaleur sans intérieur climatisé ni maison secondaire en bord de mer ou à la montagne est plus difficile. Pourtant, toutes les personnes interrogées par la chercheuse affirment subir négativement les effets du climat, quelle que soit leur classe sociale. « Elles déclarent vivre comme des cloportes, des cafards ou des rats repliés dans une semi-obscurité derrière leurs volets sans pouvoir bénéficier de l’extérieur. » Après le Covid, la canicule impose un second confinement aux effets tout aussi délétères sur notre santé.

S’inspirer de la nature

Heureusement, des stratégies existent pour échapper à la chaleur. « Les citadins investissent des “espaces refuges” tels que les parcs ombragés et les piscines municipales. » Et certaines collectivités testent des solutions inspirées de la nature. « La métropole de Lyon a reconverti un espace dédié à la circulation automobile en une noue paysagère4. » Le béton a été remplacé par un sol perméable avec des plantations d’espèces végétales dont l’arrosage est permis grâce à un parking-souterrain reconverti en récupérateur d’eau de pluie.

Mais Géraldine Molina pense qu’il faut aller plus loin. « Une politique très ambitieuse est nécessaire pour faire évoluer profondément les modes de vie, de production et de gestion vers une réelle sobriété. Elle doit impliquer l’ensemble des acteurs politiques, économiques et sociaux, mais aussi tenir compte de leurs responsabilités réelles en termes d’empreinte écologique et de bilan carbone ainsi que des inégalités et injustices existantes entre citoyens. »

MARIE HILARY

1. Au laboratoire Espaces et Sociétés à Nantes Université et à l’Institut de recherche en sciences et techniques de la ville.
2. Comme le trafic routier, l'utilisation de la climatisation et du chauffage.
3. Fleuve, rivière, cours d’eau, lac etc.
4. Rue Garibaldi dans le cœur de la ville.

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