Les sciences et leurs avatars

Carte blanche

N° 407 - Publié le 1 juin 2023
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Carte blanche
Jean-Sébastien Steyer & Roland Lehoucq
Respectivement paléontologue CNRS au MNHN et astrophysicien au CEA

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Avatar: the way of water envahit les écrans. Depuis le premier opus en 2009, James Cameron développe un univers riche et foisonnant. L’action se déroule sur la planète Pandora, située dans le système d’Alpha du Centaure à un peu plus de 4 années-lumière de la Terre : les humains y débarquent pour exploiter ses ressources et découvrent une multitude d’espèces. Mettons-nous dans la peau d’un naturaliste et explorons cette fantastique biodiversité !

Technique de la chimère

La vie sur Pandora est à la fois diversifiée en termes de nombre d'espèces et disparate : plantes, coraux, insectoïdes, méduses aériennes, humanoïdes bleus, reptiles volants ou marins… Ces espèces ont été imaginées en assemblant différentes parties de corps d’espèces réelles — technique dite “de la chimère” en creature design. Elles présentent des caractères dérivés partagés, les synapomorphies des paléontologues : certaines possèdent des dents et des membres (pattes, ailes, palettes natatoires) comme les vertébrés tétrapodes, c'est à dire à quatre membres, sur Terre. Mais ceux de Pandora en ont plutôt six, comme les panthères noires (Thanator) et les chevaux (Equidius) du premier film, ou les plésiosaures (Ilus) à six palettes natatoires de sa suite. Sur Terre, les organismes à six pattes, nommés hexapodes, sont les insectes, collemboles et autres petits arthropodes du sol.

Formes époustouflantes à l’écran

Tous les vertébrés pandoriens présentent des narines externes éloignées de la bouche, ce qui suggère une respiration pulmonée — les Tulkuns par exemple ont d’énormes évents. Ce n’est pas le cas des Na’vis qui ressemblent beaucoup aux humains, sans doute pour des raisons scénaristiques. Notons que les Na’vis verts des côtes, dont la culture est inspirée de celle des Maoris, diffèrent des Na’vis bleus des forêts (de culture inspirée des Amérindiens) par leurs bras robustes, leurs nageoires (lépidotriches) sur les poignets et la queue qui est aplatie pour une nage ondulatoire à la façon des iguanes marins.

Ptérosaures de 25 m d’envergure (Leonopteryx alias “la dernière ombre” du premier opus), cétacés-kaijus de 80 m de long (Tulkuns) ; ces formes géantes, époustouflantes à l’écran, peuvent être justifiées par une atmosphère dense sur Pandora et une poussée d’Archimède suffisante pour les formes marines.

Les espèces pandoriennes sont aussi bioluminescentes, et donc communicantes. Cependant sur Terre ce phénomène est lié aux milieux obscurs, par exemple chez les méduses des fonds marins et les lucioles la nuit. Et les données astronomiques de Pandora, lune rocheuse de la géante gazeuse Polyphème, montrent que cette planète éclaire plutôt bien la nuit de son satellite. Cette bioluminescence, très en vogue chez les creature designers (cf. les Kajuns de Pacific Rim de Guillermo del Toro), aurait-elle vraiment été retenue par la sélection naturelle ou tiendrait-elle juste de l’attrait de Cameron pour les mondes abyssaux

(cf. Abyss, 1989) ?

Communicantes, les espèces pandoriennes sont connectées entre elles et avec leur planète via les “arbres des âmes” et leurs excroissances, qu’elles soient au fond de la bouche (Tulkuns) ou dans les cheveux des Na’vis ! Cette notion de planète-organisme rappelle l’hypothèse Gaïa (Lovelock et Margulis, 1970) qui envisage la Terre comme un système vivant. Même si cette hypothèse n’a pas été démontrée, elle permet de sensibiliser à l’impact des humains sur ces écosystèmes…Vaste programme car ceux-ci se comportent sur Pandora comme ils l’ont fait sur Terre !

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