Les lichens, des trésors anciens pour la recherche du futur
Les coulisses des collections scientifiques
Souvent méconnus du public, ces petits organismes collectionnés sous forme séchée sont de véritables mines d’or pour les chimistes qui les étudient.
Cachées derrière les portes vitrées d’une bibliothèque de l’Institut des sciences chimiques de Rennes (ISCR), dans ce qui ressemble à des boîtes à chaussures, les collections de lichens attendent patiemment d’être observées. Ces organismes sont le fruit d’une symbiose entre deux partenaires principaux : un champignon et une microalgue – ou une cyanobactérie1 dans 10 % des cas. « Le champignon récupère de l’énergie produite sous forme de sucre par la photosynthèse de la microalgue », explique Joël Boustie, directeur du laboratoire de pharmacognosie et de mycologie à la Faculté de pharmacie de Rennes.
Des indicateurs de pollution
Forts de cette symbiose, les lichens sont capables de supporter des températures extrêmes : « Certains peuvent survivre sur des roches qui atteignent 80 °C l’été, d’autres dans le milieu polaire à -40 °C », détaille le chercheur. Ces vétérans sont capables de perdurer des milliers d’années mais peuvent aussi disparaître en quelques semaines s’ils sont exposés à une pollution importante de l’air, ce qui en font de véritables indicateurs de la qualité de l’environnement. Grâce aux collections, il est possible de comparer la répartition des espèces à un même endroit au cours du temps et de relever la présence de métaux lourds comme l’amiante, le plomb ou encore le soufre piégés par les lichens. Les collections conservées à l’ISCR proviennent principalement de l’herbier d’Henry des Abbayes, célèbre lichénologue du 20e siècle, et de son élève Jean-Claude Massé. Au total, environ 16 000 spécimens pour près de 2 000 espèces. Et un nouvel herbier du Massif armoricain se constitue depuis 2016.
Potentiel pharmaceutique Ces collections sont également utiles pour la recherche dans le domaine de la santé. Car entre le lichen et les micro-organismes qui le composent, une danse enzymatique s’opère à l’échelle microscopique pour donner des molécules uniques. Propriétés antibiotiques, de photoprotection, antioxydantes… Les métabolites2 produits par les lichens sont de bons candidats pour créer des médicaments. Sans ces échantillons, conservés sous forme séchée, un tel champ des possibles n’aurait jamais vu le jour. « Nous pouvons observer les lichens au microscope et procéder à des analyses révélant leur contenu, sans les détruire », affirme Joël Boustie. Peu considérés par les naturalistes, les lichens ne doivent leur survie qu’à l’acharnement de passionnés, qui se transmettent ces trésors au fil des années. En évoquant l’intérêt de leur conservation, Joël Boustie cite, non sans une once de fierté, Henry des Abbayes : « Je ne sais pas à quoi ça sert, mais je sais qu’un jour ça servira ! » Et il suffit d’observer la diversité des échantillons de lichens récoltés aux quatre coins du monde pour le comprendre.
1. Bactérie capable de réaliser la photosynthèse.
2. Composés issus de réactions biochimiques faisant partie du métabolisme.
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du magazine Sciences Ouest