Les dessous de l’endométriose
Cycles menstruels : Au delà du sang
On soupçonne son existence depuis l’Antiquité, mais l’endométriose reste une maladie encore largement méconnue. Si la recherche avance sur les causes et les traitements, on ne sait toujours pas la guérir.
De l’endométriose, on sait relativement peu de choses. Maladie hormonale, elle déclenche chez les personnes qui en sont atteintes des douleurs pelviennes aigües lors des règles et/ou des rapports sexuels, une fatigue chronique, voire des troubles digestifs et urinaires à l’occasion des menstruations. Ces souffrances sont provoquées par la présence de tissu ressemblant à l’endomètre1 en dehors de l’utérus. Les cellules s’accrochent alors sur les organes environnants2, provoquant des lésions parfois très importantes.
Prévalence élevée
L’endométriose est la principale cause d’infertilité en France : 40 % des personnes qui en sont atteintes rencontrent des problèmes de fécondité. « 10 à 15 % des femmes en âge de procréer ont une forme d’endométriose, expose Stéphane Ploteau, gynécologue au CHU de Nantes. Malgré sa prévalence élevée, il reste encore plein de choses à découvrir sur cette maladie. Il n’y a pas à ce jour d’étiologie3 complète et sûre. »
Ce qui fait dire à beaucoup de spécialistes qu’il existe une endométriose par femme, tant les facteurs sont multiples (génétiques, environnementaux, développementaux, immunitaires) et le cours de la maladie variable. Elle se développe parfois à toute vitesse mais peut aussi stagner, voire se résorber seule pour les formes les plus superficielles. Dans certains cas, l’endométriose est asymptomatique : comme elle ne fait pas mal, elle est découverte de manière fortuite, ou lors d’un projet de grossesse.
Améliorer la prise en charge
Anti-douleurs, contraception hormonale pour arrêter les règles, interventions chirurgicales... En fonction de l’âge et des projets personnels des patientes, il peut être possible de faire taire les souffrances. Mais rien n’existe à ce jour qui puisse guérir définitivement l’endométriose. Pour faire toute la lumière sur cette affection, la recherche avance actuellement sur deux terrains : d’abord sur les causes, mais aussi sur les traitements et la prise en charge.
Pour l’instant, « le temps moyen de diagnostic reste de sept ans entre le début des symptômes et le moment où l’on met un nom sur la maladie », indique Stéphane Ploteau. Le médecin explique cette errance diagnostique par une proportion de femmes qui ne consultent pas, faussement rassurées par la banalisation des douleurs lors des règles, mais aussi par une méconnaissance généralisée. Marie-Paule Bernicot, coordinatrice de la filière de santé Endobreizh4, renchérit : « Il est essentiel de mieux former l’ensemble des professionnels de santé sur cette maladie, qui n’a intégré le programme de médecine en gynécologie-obstétrique qu’en 2020 ! »
Lancée en 2022, la stratégie nationale de lutte contre l’endométriose positionne ces réseaux de professionnels comme des acteurs primordiaux pour tenter d’améliorer la prévention. « En Bretagne, on estime que 65 000 femmes pourraient souffrir d’endométriose, souligne-t-elle. Il existe un véritable enjeu de sensibilisation et de coordination des professionnels de santé pour garantir une prise en charge plus rapide et de qualité. »
Pour aller plus loin
1. Muqueuse qui tapisse la cavité utérine et qui desquame avec les règles.
2. Ovaires, intestin, vessie, péritoine ou encore uretère.
3. En médecine, étude des causes et des facteurs d’une maladie.
4. Réseau de santé qui coordonne les professionnels bretons, les forme sur l’endométriose, et participe au développement de la recherche.
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du magazine Sciences Ouest