En mer, la surveillance s’opère

Le grand bleu vu du ciel

N° 412 - Publié le 28 septembre 2023
© UNSEENLABS
Les satellites d'Unseenlabs permettent de localiser les navires en mer, même lorsque leur balise AIS est éteinte.

Théâtre de conflits géopolitiques, les espaces maritimes sont aujourd’hui convoités pour leurs ressources. Ce qui oblige les pays à traquer les navires voguant vers l’illégalité.

Sur des superficies qui se comptent parfois en dizaines de millions de kilomètres, les mers et océans font l’objet d’une surveillance permanente. Depuis la Seconde Guerre mondiale, durant laquelle des radars équipaient de nombreux navires, les techniques d’observation ont progressivement évolué. « Au début de la Guerre froide, les moyens traditionnels étaient utilisés et reposaient sur l’observation des mouvements maritimes par les navires civils, marchands et pêcheurs, raconte Jenny Raflik Grenouilleau, professeure d’histoire contemporaine à Nantes Université. Très rapidement, des flottes dédiées à la surveillance se sont développées, notamment avec des destroyers1 et sous-marins. »

Localisation depuis l’Espace


Les deux rivaux, États-Unis et URSS, ont chacun développé leur famille de satellites militaires dès les années 1970 pour repérer les mouvements des flottes maritimes adverses. Depuis, les enjeux ont évolué. « Contrairement à la Guerre froide qui reposait sur une logique militaire occidentale focalisée sur la marine soviétique, le monde est aujourd’hui multipolaire avec des problématiques économiques autour des ressources », détaille Jenny Raflik Grenouilleau. Pêche illégale, pollution, contrebande, piraterie… Pour lutter contre ces activités illégales, une entreprise bretonne utilise des satellites de la taille d’une boîte à chaussures. Pesant moins de 10 kilos et envoyés à 500 kilomètres au-dessus de la mer, ils sont capables de détecter la position de n’importe quel bateau. « Chaque navire est doté d’un système électronique à bord qui émet des ondes électromagnétiques détectables par nos satellites, explique Cannelle Gaucher, responsable de la communication chez Unseenlabs, une entreprise aérospatiale à Cesson-Sévigné, près de Rennes. Ce sont donc des émissions passives qui sont repérées, c’est-à-dire qu’un bateau est localisable même lorsqu’il désactive sa balise AIS2. »

Envoi des renforts


L’entreprise fournit ensuite à ses clients (assureurs, acteurs de l’offshore ou ONG) une carte d’acquisition, avec la position du navire couplée à ses données AIS. « Il leur revient alors de l’interpréter et d’envoyer des renforts pour vérifier la présence d’un navire en infraction sur la zone », détaille-t-elle. Comme le prévoit la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer, les mers et océans sont divisés en espaces maritimes. « Les eaux territoriales sont sous la juridiction des États tandis que celle de la haute mer est fragmentée, sans système global de contrôle, suivi et surveillance », déplore Thomas Leclerc, maître de conférences en droit public à l’Université de Bretagne Occidentale. Le défi réside notamment dans la transmission de données entre les différents pays, mais aussi dans leur capacité à les analyser et à agir en cas d’infraction.

Nolane Langlois

1. Navires de guerre.
2. Système d’identification automatique permet d’identifier les navires depuis la côte ou l’Espace.

TOUT LE DOSSIER

Abonnez-vous à la newsletter
du magazine Sciences Ouest

Suivez Sciences Ouest