De la Bretagne au Mexique, ils imaginent le futur

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N° 413 - Publié le 26 octobre 2023
© LOW-TECH LAB
Caroline Pultz, près du bac où les deux explorateurs ont produit 15 kg de spiruline en quatre mois.

Pour prouver que l’on peut vivre mieux avec moins, deux explorateurs ont vécu en autonomie pendant quatre mois dans le désert. Une web-série sur la conception de leur projet s’apprête à sortir.

Ils se sont fait les cobayes d’une expérience plutôt surprenante : passer quatre mois dans le désert mexicain, à l’intérieur d’un cocon textile de 14 mètres de long. De janvier à avril 2023, Corentin de Chatelperron et Caroline Pultz ont vécu dans un écosystème créé de toutes pièces à partir de technologies, de savoir-faire et d’espèces rigoureusement sélectionnés aux quatre coins du globe. Un projet qui s’inscrit dans la suite logique des aventures de Corentin, fondateur du Low-tech Lab. Depuis 2013, l’association, basée à Concarneau (Finistère), a pour mission de découvrir des low-tech1, de les tester, les documenter et de diffuser gratuitement leur mode d’emploi. Au milieu du désert, les deux compères ont expérimenté un mode de vie qu’ils qualifient volontiers de « futuriste, loin d’un retour en arrière ».

41 % de terres arides

 

Il leur a fallu un an pour concevoir la biosphère. Une année retracée dans une web-série qui sera diffusée sur le site d’Arte dès le 16 novembre. Le documentaire les suit dans leur travail avec des nutritionnistes, des spécialistes du sport et de la santé, des cultivateurs et des ingénieurs. Car il a fallu trouver comment se nourrir, rester en bonne santé, gérer les déchets ou encore obtenir de l’eau douce… le tout dans le désert. « On a choisi une zone aride car ces espaces représentent aujourd’hui 41 % des terres émergées et sont en augmentation. Et puis les contraintes nous rendent créatifs », sourit Caroline. Au total, la biosphère a intégré une vingtaine de low-tech, comme le des salinisateur artisanal, la culture de spiruline2 ou l’eau douce qui coule en circuit fermé depuis la douche jusqu’aux bacs où poussent des plantes en hydroponie3. « Une partie de notre urine était injectée dans l’eau : l’ammoniaque se transformait en nitrate, un nutriment pour les plantes », explique Corentin. Et comme dans tout écosystème, les relations entre espèces ont joué un rôle majeur. Les toilettes sèches étaient dégradées par des larves de mouches soldats noires qui servaient ensuite de repas aux grillons, lesquels ont terminé dans l’estomac des deux explorateurs.

Un autre futur

 

Parce que l’expérience a suivi un protocole scientifique, tout était noté, du millilitre d’eau donné à une plante à la moindre feuille récoltée. Des données qui permettent aujourd'hui d’évaluer l’efficacité de la biosphère. Caroline et Corentin sont revenus en bonne santé, plus que jamais motivés par l’idée de diffuser un imaginaire désirable autour d’un futur low-tech. « Le futur que l’on nous vend, celui où l’on vit dans des mondes virtuels et où l’on colonise d’autres planètes ne nous fait pas rêver. Nous sommes persuadés qu’il existe une autre manière d’envisager l’avenir », conclut Caroline.

Violette Vauloup

1. Outils, techniques ou savoir-faire durables, accessibles et utiles.
2. Une algue très riche d’un point de vue nutritif.
3. La culture de plante hors-sol où les nutriments ne sont pas apportés par la terre.

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