« Aucun État ne rembourse jamais ses dettes »
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Qu’entend-on par la dette publique ?
Chaque année, le Parlement vote le budget de l’État. Dans ce budget il y a des ressources et des dépenses. Dès que les dépenses sont plus importantes que les ressources, on parle de déficit. La dette publique est la somme cumulée des déficits au fil du temps. Pour la combler, l’État émet des bons du Trésor que n’importe qui peut acheter, des particuliers comme des entreprises ou d’autres États. C’est une sorte de crédit pour la puissance publique.
Faut-il la rembourser ?
Dès que l’on parle de dette, on part du postulat qu’il faut la rembourser. Ça semble du bon sens, nous avons hérité cette conception morale de la dette de nos traditions chrétiennes occidentales. Mais dans les faits, aucun État ne rembourse jamais ses dettes. La différence fondamentale entre l’État et une entreprise ou vous et moi, c’est qu’il ne meurt ni ne peut faire faillite, il a un horizon de vie infini. On dit qu’il « roule » sa dette : lorsqu’elle arrive à échéance, l’État emprunte pour la rembourser et ainsi de suite. La France n’a aucune difficulté à le faire. Nous avons aujourd’hui 3 013 milliards d’euros de dette et il est faux de dire que les générations futures devront la rembourser. On peut toutefois chercher à la réduire ou à changer les modalités de financement de l’État car emprunter signifie verser des intérêts.
À quoi sert-elle ?
Les entreprises privées ne peuvent pas financer de gros investissements comme la construction de chemins de fer, d’un hôpital ou la rénovation d’universités. L’État est la seule entité capable d’emprunter et d’investir de telles sommes. Il peut se financer autrement, avec la fiscalité par exemple, mais la dette reste nécessaire, d’autant plus dans le contexte actuel de bifurcation écologique. Nous arrivons à un moment où l’on a besoin de financements massifs pour s’adapter au dérèglement climatique. Il ne faut pas être naïf, les entreprises privées ne feront pas ces investissements, à chaque fois qu’il y a un problème global, c’est l’État qui y répond.
Vous dîtes que le « problème de la dette » est une construction politique, pourquoi ?
La dette est souvent agitée comme un chiffon rouge pour justifier des politiques d’austérité. Il y a une sorte de schizophrénie dans le discours des gouvernants : d’un côté ils disent qu’il faut réduire la dette et que l’État dépense trop, de l’autre c’est le produit d’une succession de décisions politiques. Par exemple, en baissant la fiscalité sur les plus riches, on diminue les recettes de l’État, ce qui augmente le déficit et donc la dette. En grossissant les subventions des entreprises privées, on ajoute aux dépenses, ce qui accroît le déficit et donc la dette. Je ne dis pas que c’est bien ou mal, mais ce sont des choix politiques qui ont les mêmes conséquences : augmenter la dette.
1. La dette publique, précis d’économie citoyenne, Éditions du Seuil (2024).
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