Sous la peau, le tatouage est presque vivant

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N° 417 - Publié le 22 février 2024
© ZAMRZNUTI TONOVI / ADOBE STOCK
Sous la peau, les particules de l'encre se déplacent à l'échelle microscopique.

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Les humains se tatouent depuis des millénaires, mais comment expliquer que les tatouages persistent alors que notre système immunitaire fait tout son possible pour les détruire ?

Certains s’en couvrent, d’autres les détestent. Il y a ceux que l’on chérit et ceux que l’on regrette. Certains que l’on montre, d’autres plus intimes. Il y a ceux qui réparent, ceux qui habillent et cachent des cicatrices. Mais toujours, les tatouages sont une trace indélébile, une manière d’ancrer un sentiment d’existence dans la chair.

Sortir de la nature


Chaque année, le 21 mars, une journée internationale les célèbre. Il faut dire que c’est l’une des pratiques les plus anciennes de l’humanité. Des archéologues ont même retrouvé des tatouages sur le corps d’Ötzy, le célèbre homme des glaces mort il y a près de 5 300 ans. « D’un point de vue anthropologique, le marquage des corps est une façon de sortir du monde de la nature, c’est un moyen pour un groupe de revendiquer une appartenance, des éléments de reconnaissance », souligne Stéphane Héas, sociologue à l’Université Rennes 2 et directeur de publication de La Peaulogie, une revue de sciences humaines et sociales dédiée aux peaux.

Longtemps envisagé comme une prouesse rituelle, le tatouage peut aussi être utilisé pour provoquer et marquer une contestation à l’ordre établi, une manière d’afficher sa singularité. « Selon le sociologue David Le Breton, lorsque tous les liens forts avec la communauté et la famille ont été rompus, il reste le corps pour tenter de s’individualiser », poursuit Stéphane Héas.

Cheval de Troie


Mais que se passe-t-il quand l’encre pénètre sous la peau ? En 2018, l’équipe de Sandrine Henri, alors immunologiste à Marseille, a découvert le secret de la persistance des tatouages. Lorsque l’encre arrive dans le derme, les particules de pigments sont repérées par les macrophages. « Ces cellules chargées de faire le ménage éliminent les cellules mortes, pathogènes ou corps étrangers », précise la chercheuse. En bonnes sentinelles, elles avalent donc les pigments mais ne sont pas équipées pour les digérer. L’encre reste donc coincée dans l’estomac de ces petits soldats. Lorsque nous regardons un tatouage, nous voyons en fait l’encre accumulée dans les cellules supposées les dégrader. Comme toutes les cellules, les macrophages finissent par mourir, relarguant le pigment qui est alors immédiatement rattrapé par un autre soldat. Et ainsi de suite. « À chaque fois qu’une particule est libérée et recapturée, il y a un micro-déplacement. C’est pourquoi les contours des tatouages se déforment un peu avec le temps », décrypte Sandrine Henri.

Une partie du système immunitaire est donc sollicitée en permanence par les tatouages, et les scientifiques ne savent pas si c’est une bonne ou une mauvaise chose. Deux hypothèses s'opposent : cela pourrait épuiser notre organisme ou au contraire l’entraîner et le maintenir en forme. « Peu de travaux ont été menés sur le sujet mais les personnes tatouées ne semblent pas plus malades que les autres », rassure toutefois l’immunologiste.

Violette Vauloup

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