Que se passe-t-il dans leur cerveau ?
L'adolescence, une crise ?
À l’adolescence, des changements neurologiques et psychiques ont lieu. Le cerveau évolue, tandis que la pensée se complexifie.
Les adolescents surprennent bien souvent les adultes, qui se demandent ce qu’ils ont dans la tête. Il faut dire que leur cerveau est en pleine maturation. Durant l’enfance, un grand nombre de synapses, les interfaces de connexion entre les neurones, s’y sont construits. Mais à partir de 11 ou 12 ans, l’architecture cérébrale change : une autre étape du développement neurologique débute.
Un élagage synaptique
À l’adolescence, « le nombre de synapses décline de presque 40 % au sein du cerveau, explique Adelaïde Brosseau-Beauvir, neuropédiatre au CHU de Brest. On parle d’élagage synaptique ». Le cerveau de l’adolescent supprime en effet les connexions inutilisées tout en renforçant celles fréquemment sollicitées afin d’améliorer la vitesse de transmission de l’information entre neurones. « Une consolidation qui concerne surtout les fonctions d’apprentissage, comme la mémoire, la concentration et l’attention », ajoute la spécialiste.
C’est aussi à cette période de la vie que différentes aires cérébrales se développent, comme le lobe limbique, centre de gestion du système de la récompense, et donc de l’appétit et de la recherche du plaisir. Le cortex préfrontal, zone de contrôle des fonctions exécutives telles que la planification, la priorisation, l’évaluation du risque ou la régulation des émotions, atteint quant à lui sa maturité aux alentours de 20 ans. Cette disparité en termes de développement pourrait justifier que les comportements dirigés par l’émotion et la récompense soient privilégiés à l’adolescence, au détriment de ceux régis par la prise de décision rationnelle et supervisée. Un déséquilibre qui explique en partie les éventuels comportements à risques chez les jeunes.
Développement psychique
Plusieurs modifications d’ordre psychiques opèrent également durant cette phase de transition entre l’enfance et l’âge adulte. « La façon de réfléchir évolue, et dès 10-12 ans, la pensée abstraite se développe », expose Dominique Bardou, pédopsychiatre à Nantes. Aussi nommée pensée formelle, elle correspond à la capacité à comprendre des concepts tels que la liberté, la probabilité ou la vulnérabilité.
D’autre part, les variations hormonales responsables du déclenchement de la puberté provoquent de nombreuses évolutions physiques. Ces dernières, couplées aux nouvelles formes d’interactions sociales, entraînent le décuplement et la complexification de certaines émotions, telles que l’anxiété ou le malaise. « Cette intensification et extension du registre1 des émotions primaires bouleversent les jeunes », explique le pédopsychiatre. Intégrer, reconnaître et traiter ces nouveaux affects oblige en effet à un véritable travail psychique : il faut déterminer s’il convient d’y résister, de les tolérer, les nier, ou les expulser.
TOUT LE DOSSIER
du magazine Sciences Ouest