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Retour sur la Lune

N° 423 - Publié le 30 octobre 2024

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On l’a regardée, on en a rêvé, on y est allés et on veut aujourd’hui y retourner. Cinquante-cinq ans après les premiers pas sur la Lune, notre satellite se retrouve de nouveau au centre de l’actualité spatiale.

Là où le Soleil brûle la rétine, elle, s’offre à la contemplation. Tranquille petite boule blanche dans la nuit noire, la Lune veille sur la Terre depuis bien longtemps. Sa naissance serait même étroitement liée à celle de notre planète. Il y a 4,5 milliards d’années, Théia, un planétoïde d’une masse comparable à celle de Mars frappe la Terre de plein fouet. Encore en cours de formation, celle-ci n’est alors ni trop liquide ni trop solide. « Le choc est si intense qu’il éjecte de la matière terrestre, laquelle se retrouve piégée en orbite autour de la Terre », raconte Bruno Mauguin, co-responsable du planétarium de l’Espace des sciences de Rennes. La Lune est née. C’est en tout cas le scénario privilégié aujourd’hui.

Depuis, notre satellite n’a pas cessé de tourner autour de la Terre. Il met autant de temps pour faire un tour sur lui-même que pour faire le tour de la planète : 29,5 jours. D’ailleurs, sa régularité en a fait le chronomètre parfait. « Toutes les civilisations nomades l’ont utilisée comme repère : dire qu’on se retrouvait dans trois lunes voulait dire dans 90 jours », souligne Bruno Mauguin. Mais surtout, « nous ne serions pas là sans elle », remarque Priscilla Abraham, co-responsable du planétarium de l’Espace des sciences de Rennes. La Lune stabilise en effet l’inclinaison de l’axe de rotation de la Terre. Sur Mars, qui n’a pas de gros satellite, cet axe varie de manière aléatoire, exposant brusquement la surface à des températures extrêmes. En assurant l’existence de saisons sur Terre, la Lune a permis l’éclosion de la vie.

Un seul scientifique sur la Lune


Télescopes, sondes, échantillonnage, récepteur de particules solaires, sismomètre… Depuis le 17e siècle et la lunette astronomique de Galilée, les moyens d’étudier notre satellite ont considérablement changé. Un tournant technologique amorcé par la Seconde Guerre mondiale1, puis la Guerre froide, véritables moteurs de la course à la Lune. « Nous n’y sommes pas allés pour des raisons scientifiques mais pour éviter une troisième guerre mondiale », rappelle Bruno Mauguin. 

Dans les années 1960, l’affrontement entre l’URSS et les États-Unis est déplacé dans l’Espace et les Américains remportent la course le 21 juillet 1969, lorsque Neil Armstrong et Buzz Aldrin posent les pieds sur la Lune. Dans les trois ans qui suivent, dix astronautes leur succèdent. Dix hommes. Moins reconnues, les femmes ont pourtant joué un rôle crucial. La mathématicienne afro-américaine Katherine Johnson a notamment calculé les trajectoires d’Apollo 11 et l’informaticienne américaine Margaret Hamilton a conçu le logiciel de navigation du programme Apollo. Sans elles et beaucoup d’autres, l’Histoire ne serait pas la même.

Douze hommes ont donc marché sur la Lune. Parmi eux, un seul scientifique, le géologue Harrison Schmitt, en 1972. « Les autres étaient des militaires, note Bruno Mauguin. Il a laissé sa combinaison sur la Lune pour emporter plus d’échantillons, il en a ramené autant que toutes les autres missions réunies. » Et c’est notamment grâce à ses prélèvements que l’on émet l’hypothèse d’une collision pour expliquer l’origine de l’astre.


© NASA
Margaret Hamilton, dans un module Apollo.


Ping-pong spatial


De la couverture de survie au micro-ondes en passant par l’informatique, les retombées technologiques de la conquête spatiale sont nombreuses. Mais peu à peu, l’intérêt décroît et pratiquement aucune mission ne cible la Lune jusqu’au retour des sondes américaines dans les années 1990. Pourtant, une nouvelle rivalité ne tarde pas à se dessiner. En 2003, la Chine envoie pour la première fois un homme dans l’Espace. « L’année suivante George W. Bush relance la course à la Lune, Obama y met fin puis Trump la reprend, c’est un vrai ping-pong », souligne Xavier Pasco, docteur en sciences politiques à Paris et directeur de la Fondation pour la recherche stratégique. 

Deux projets visent aujourd’hui un retour sur le sol lunaire d’ici 2030 : le programme Artemis, porté par la Nasa avec les agences spatiales européenne, canadienne et japonaise, et le programme chinois d’exploration lunaire (CLEP). « La Chine enchaîne les succès, c’est impressionnant », observe Hugo Lisoir, vidéaste vulgarisateur spécialisé dans l’Espace, à Nantes. Son frère, Maxime, avec qui il partage une chaîne YouTube et Twitch, acquiesce : « Ils pourraient réussir avant Artemis ».

Mais pourquoi faut-il tant de temps pour y retourner ? « Il ne suffit pas d’avoir des plans pour faire une fusée, des milliers de sous-traitants et des savoir-faire ont disparu », répond Maxime Lisoir. Et les objectifs sont plus ambitieux, car cette fois l’idée est d’installer une base pour des séjours prolongés. Mais c’est aussi Mars qui est dans le viseur. «  Artemis est une manière de répéter ses gammes », remarque Hugo Lisoir. Entre intérêts politiques et industriels, les justifications scientifiques sont toujours peu présentes. « Pour les planétologues, il serait plus intéressant de visiter des endroits différents que de construire une base, et il y a déjà de quoi faire énormément de sciences sans aller sur place », confie Maxime Lisoir.

New Space


52 ans après la fin d’Apollo, l’exploration spatiale ne s’envisage plus de la même manière. Depuis quelques années, le New Space, un mouvement de développement d’initiatives privées stimulées par le contribuable américain change la donne. Beaucoup d’entreprises voient dans le secteur une opportunité pour se développer, comme SpaceX, qui doit livrer l’atterrisseur lunaire d’Artemis. « La course à la Lune a toujours reposé sur des entreprises mais la posture de la Nasa a changé, elle achète un service, c’est elle la cliente », pointe Xavier Pasco.

Nouveaux objectifs, nouveaux acteurs, nouveau contexte, la machine est relancée. Plus ou moins prochainement, un nouvel humain marchera sur la Lune. Mais celles et ceux qui embarqueront seront sans doute frappés, comme leurs prédécesseurs, par une autre sphère. « C’est le paradoxe total, sourit Priscilla Abraham, dans l’Espace, au milieu du noir, il y a une bille de couleur qui arrête le regard de tous ceux qui la voient. On a beau aller vers l’inconnu, c’est chez soi qu’on regarde. »

VIOLETTE VAULOUP

1. Les ingénieurs du IIIe Reich ont fortement contribué à la conquête de l’Espace en coopérant notamment avec les États-Unis. Wernher von Braun, à l’origine des missiles V2 allemands, a ainsi supervisé la conception de la fusée Saturn V qui a emmené des humains sur la Lune.

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