La mémoire face aux traumatismes
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À la suite d’un événement traumatisant, le cerveau peut bloquer l’accès aux images intrusives. Un mécanisme crucial que des scientifiques tentent de mieux comprendre.
Attentat, annonce d’une mort violente, agression… le trouble de stress post-traumatique (TSPT) peut se développer après un événement traumatisant et impacter durablement la vie des victimes ou témoins. « Les attentats du 13 novembre 2015 à Paris, ont été un moment de sidération dans la société française et il y a eu une volonté commune de réagir avec nos moyens de chercheurs », confie Francis Eustache, neuropsychologue et co-responsable du programme de recherche interdisciplinaire « 13-Novembre1 » à l’Inserm2, à l’Université de Caen-Normandie et à l’École pratique des hautes études.
Intrusions envahissantes
Au sein de ce programme, le projet Remember étudie le TSPT et les processus de résilience en sélectionnant des personnes volontaires suivies depuis 2016 : les victimes et témoins des attentats mais aussi des participants non-exposés. Des examens psychiatriques, neuropsychologiques et d’autres faisant appel à l’imagerie cérébrale ont été réalisés afin d’expliquer les effets d’un événement traumatisant sur les structures et le fonctionnement du cerveau. La question est de comprendre pourquoi certaines personnes souffrent de stress post-traumatique et d’autres pas.
Les intrusions en sont les symptômes centraux, « des images, des pensées ou des impressions sensorielles très fortes émotionnellement, qui relient les victimes à l’événement, comme un bruit de tôle pouvant évoquer une mitraillette, détaille Francis Eustache. Elles sont récurrentes et très envahissantes ». Pour savoir si les mécanismes de contrôle de la mémoire peuvent s’améliorer avec le temps et empêcher l’accès aux souvenirs intrusifs, une étude publiée le mois dernier3, rassemblant des chercheurs normands, bretons, suisses et parisiens, a analysé les images cérébrales de 100 personnes exposées aux attaques terroristes du 13 novembre 2015. Au moment des examens, 34 souffraient de TSPT chronique et 19 s’en étaient remises.
Une incroyable résilience
Résultat ? Lorsque les mécanismes de contrôle de la mémoire sont défaillants, le volume de l’hippocampe, une structure cérébrale qui joue un rôle essentiel dans la cognition, est plus faible, et les intrusions perdurent. Les participants souffrant de TSPT chronique présentent toujours ces altérations neurocognitives. Au contraire, les images cérébrales des personnes ayant surmonté le trouble montrent que ces processus se refaçonnent au fil du temps. Ainsi, la normalisation des réseaux cérébraux permet de bloquer l’accès aux intrusions. « C’est un message positif, certaines personnes retrouvent de bonnes capacités de fonctionnement du cerveau, une incroyable résilience », sourit le chercheur. L’une des hypothèses actuelles avance que le soutien social, qu’il soit médical, familial, amical ou commémoratif, aiderait à surmonter le traumatisme. « C’est la mémoire des personnes qui s’intègre dans une mémoire collective », conclut Francis Eustache.
1. Programme de recherche dédié aux impacts des attentats du 13 novembre 2015 sur la mémoire individuelle et collective.
2. Institut national de la santé et de la recherche médicale.
3. Dans la revue Science Advances.
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