Les fleuves d’Europe plastifiés

Actualité

N° 429 - Publié le 25 avril 2025
Noëlie Pansiot / Fondation Tara Ocean
Les océans sont le réceptacle des plastiques dégradés à terre ou dans les fleuves.

Une mission scientifique menée par la Fondation Tara Océan sur les plus grands fleuves européens a révélé qu’ils étaient massivement pollués par les microplastiques.

Un résultat inquiétant, mais qui n’a pas vraiment étonné l’équipe scientifique : du Tibre à la Tamise en passant par la Seine, la Garonne ou encore le Rhin, les neuf plus grands cours d’eau d’Europe sont contaminés par de grandes quantités de plastique. À la suite d’une mission de neuf mois menée en 2019 par Tara Océan et de cinq années de recherches, les résultats sont là. « En moyenne, nous avons compté trois microplastiques par mètre cube, expose Jean-François Ghiglione, directeur scientifique de la mission et chercheur en écotoxicologie microbienne marine au Lomic1, à Banyuls-sur-Mer (Pyrénées-Orientales). En prenant l’exemple du débit de la Seine, soit 300 m3/s, on parle de 900 particules plastiques par seconde. »

Plastique dégradé


Au-delà de ce premier résultat, la proportion de microplastiques trouvée dans un état très dégradé suggère que l’altération s’opère à terre ou dans les fleuves. « Il y a quelques années, on pensait encore que le plastique se dégradait principalement en mer, explique Mikaël Kedzierski, maître de conférences à l’UBS2 et chercheur au sein de l’Institut de recherche Dupuy de Lôme, à Lorient. Aujourd’hui, on peut affirmer que les océans en sont plutôt le réceptacle. »

Dans le cadre du consortium Tara, il a travaillé sur l’identification chimique des microplastiques. Objectif : avoir quelques pistes de réflexion concernant leur origine. « Ce sont de minuscules fragments, il est donc impossible de savoir à quoi ressemblait l’objet de base. Les polyéthylènes et les polypropylènes, qui sont les plastiques les plus utilisés au quotidien, sont massivement retrouvés dans l’eau de ces fleuves, comme en mer. Ce qui est surprenant, ce n’est pas leur qualité, c’est leur quantité. » Notamment celle des petits microplastiques (moins de 0,5 mm) : leur concentration est encore plus importante que celle des grosses particules, et ce, dans tous les fleuves échantillonnés. 

Une « mauvaise nouvelle, pour Jean-François Ghiglione, car la pollution aux microplastiques a des impacts sur tout l’environnement et les organismes vivants ». En effet, au-delà des problèmes liés à l’ingestion de ces particules par les animaux, le plastique est constitué d’un polymère auquel on additionne des produits chimiques, dont on sait qu’au moins un quart sont toxiques et modifient le cycle de vie des espèces.

Les scientifiques ont également prouvé que les microplastiques transportent des bactéries. Parmi elles, au moins une, isolée dans la Loire, est pathogène pour l’être humain. « Nous avons affaire à une pollution ubiquiste3, avec des concentrations qui peuvent varier mais qui sont toujours très élevées, souligne Mikaël Kedzierski. Cela correspond à ce que d’autres chercheurs montrent : quelle que soit la matrice environnementale, le sol, les océans, l’atmosphère ou les êtres vivants, on y retrouve des traces de plastique. »

Anna Sardin

1. Laboratoire d'océanographie microbienne.
2. Université Bretagne Sud.
3. Partout à la fois.

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