« Toute cette faune, c’est flatteur »

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N° 430 - Publié le 5 juin 2025
© VIOLETTE VAULOUP
Emmanuel Holder installe une caméra sur une zone supposée fréquentée par des animaux.

Depuis quelques mois, une réserve naturelle bretonne a intégré des pièges photographiques à sa gestion du site. Une nouvelle approche pour comprendre les mammifères qui y vivent.

Un gris qui n’annonce rien de bon plane sur la petite commune du Cloître-Saint-Thégonnec, au pied des monts d’Arrée (Finistère). À deux pas de la place de l’église, un poêle à bois chauffe une vieille maison reconvertie en bureau pour les gestionnaires des réserves naturelles du Venec et des landes du Cragou et du Vergam. Emmanuel Holder, leur conservateur pour Bretagne Vivante, a déjà chaussé ses bottes, prêt à partir.

Disparition et écorchures


« Là, juste à gauche derrière les buissons, on a eu une attaque de poulains en juillet dernier », raconte-t-il en ralentissant l’allure de la voiture qui cahote sur un sentier au milieu des landes du Cragou. Des vaches et des poneys y pâturent, jouant un rôle nécessaire à l’entretien du milieu. L’été dernier, un poulain a disparu, très probablement victime d’un loup. Une nouvelle attaque, deux jours plus tard, n’a laissé que des écorchures.

Mais elle a motivé les équipes de la réserve à installer, en novembre, cinq pièges photographiques sur les 300 hectares de lande. « Des particuliers en ont aussi disposé, on collabore, ils nous envoient leurs images », poursuit le conservateur. Ces petits boîtiers camouflés au milieu de la végétation détectent les mouvements et le déplacement de masses de chaleur. Ils prennent alors une vidéo et trois photos, dont une est immédiatement envoyée sur un téléphone. « Il faut savoir couper, en ce moment c’est la saison des blaireaux, ils sortent toute la nuit chercher à manger et on peut les suivre en direct », sourit Emmanuel Holder. Grâce à ces appareils, un loup a été photographié cinq fois1. « Ce n’est pas une mesure de protection suffisante mais on transmet l’information aux éleveurs alentours », indique le conservateur en détachant l’une des caméras et son petit panneau solaire d’un tronc d’arbre. Et le canidé n’est pas le seul à se retrouver photographié. Cerfs, chevreuils, sangliers… Pas de surprise quant aux espèces présentes sur le site, plutôt une confirmation des traces observées sur le terrain (empreintes, fèces…).


© BRETAGNE VIVANTE
 

Un compliment 


Ce nouvel outil permet surtout de mieux connaître la circulation des animaux (les endroits où se réfugient les cerfs lors des battues par exemple) et d’estimer l’abondance des populations. « C’est flatteur de voir toute cette faune, c’est comme un compliment sur la gestion de la réserve », se réjouit le naturaliste. En six mois, plus de 250 images ont été récoltées, triées et répertoriées. « Un bond en avant », résume-t-il en se glissant dans un passage laissé par un animal, sous les gouttes d’une giboulée d’avril : les pièges ne sont pas placés au hasard, il s’agit de trouver des zones fréquentées. Emmanuel Holder rabat une poignée d'orties, fixe le boîtier, procède à quelques réglages. La pluie cesse subitement quand il met la caméra en marche. Faut-il y voir un signe ? Cet endroit est-il le bon ? Il nous promet qu’il nous tiendra au courant.

Violette Vauloup

1. L’individu a pu être identifié grâce au protocole développé par le Groupe loup Bretagne. Lire Sciences Ouest n°428 (avril 2025).

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