La circulation océanique s’affaiblit-elle ?

Océan et climat : des destins liés

N° 430 - Publié le 5 juin 2025
© DIAK-ADOBE-STOCK

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L'Amoc est un ensemble de courants jouant un rôle clé dans la répartition de la chaleur et le stockage du CO2. Les scientifiques craignent toutefois qu’il ne ralentisse sous l’effet du changement climatique.

Damien Desbruyères prévient d’emblée : « L’Amoc n’est pas un courant ». Cet acronyme1 désigne plutôt « une construction mathématique utilisée pour simplifier une circulation océanique complexe », pointe le chercheur en océanographie physique au Lops2, à l’Ifremer de Plouzané. Plus précisément, il s’agit de la synthèse méridienne de l’ensemble des courants de l’Atlantique nord.

Bien que son fonctionnement soit plus complexe, elle est souvent représentée sous la forme d’un tapis roulant. Au niveau des tropiques, l’eau chaude, plus légère, circule en surface en direction de l’Arctique. Sur son chemin, elle libère peu à peu sa chaleur. « À elle seule, l’Amoc transporte ainsi un million de milliards de watts, soit l’équivalent de 600 000 réacteurs nucléaires », compare Damien Desbruyères. Refroidie, l’eau devient plus dense et plonge pour circuler en profondeur vers le Sud, emportant avec elle du dioxyde de carbone capté à la  surface. 
« Les échanges air-mer sont le moteur de cette circulation », résume Pascale Lherminier, également chercheure en océanographie physique au Lops et à l’Ifremer. En redistribuant la chaleur sur le globe et en séquestrant du CO2 dans les abysses, l’Amoc amortit donc les effets du dérèglement climatique.
 

Effondrement ou ralentissement 


Mais jusqu’à quand pourra-t-elle jouer ce rôle ? En 2024, des scientifiques publiaient une lettre ouverte mettant en garde contre le risque de son effondrement, qui pourrait entre autres « menacer la viabilité de l’agriculture dans le Nord-Ouest de l’Europe » et entraîner « des conditions météorologiques extrêmes sans précédent » dans les pays nordiques.

carte courants océaniques
© LHERMINIER / IFREMER
Carte des courants de l'Atlantique nord.
Les flèches rouges représentent les courants chauds de surface, qui se refroidissent sur les portions orange. Les flèches bleu foncé signalent les eaux profondes froides, et les vertes les courants froids et peu salés de surface en provenance de l'Arctique. Enfin, en rose et violet : les eaux intermédiaires méditerranéennes et du Labrador.

 

L’hypothèse d’un effondrement brutal de l’Amoc ne fait toutefois pas consensus. « On table plutôt sur un ralentissement progressif, ce qui aurait déjà des conséquences importantes », note Damien Desbruyères. 
Ses causes ? Le réchauffement et la baisse de salinité3 des eaux de surface. Conjointement, ces deux facteurs diminuent en effet la densité de l’eau et compliquent donc sa plongée, affaiblissant ainsi tout le système de circulation.

Des données précieuses 


Dans son dernier rapport, en 2021, le Giec4 concluait, sur la base de modèles prenant en compte le dérèglement climatique, qu’il était très probable que l’Amoc s’affaiblisse au cours du 21e siècle. « La grande question, c’est de savoir quand et avec quelle ampleur, s’interroge Pascale Lherminier. Aujourd’hui, son intensité est de 18 Sverdrups5, et selon les modèles, on estime qu’elle pourrait passer à 10, 12 ou 15 d’ici 2100. » L’intensité de cette circulation6 est mesurée in situ depuis le début des années 2000. Des données précieuses, mais qui ne constituent pas encore « une série temporelle assez longue pour mettre en évidence un ralentissement significatif d’origine anthropique », souligne la chercheure. D’où l’intérêt de poursuivre les collectes de données en mer…

Violette Vauloup

1. Issu de l’anglais atlantic meridional overturning circulation, soit circulation méridienne de retournement atlantique.
2. Laboratoire d’océanographie physique et spatiale.
3. Causée par un afflux d’eau douce généré par la fonte des glaciers et des calottes glaciaires ainsi que l’accélération des précipitations.
4. Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat.
5. Soit 18 millions de mètres cubes par seconde.
6. Calculée à partir de la somme de l’intensité des courants qui la composent.

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