En quête de Martiens
À la recherche de la vie extraterrestre
L’exploration de Mars a permis d’établir qu’il y a plusieurs milliards d’années, les conditions propices au développement de la vie y étaient réunies. Forts de cette découverte, les scientifiques recherchent les traces d’une éventuelle vie extraterrestre passée.
Pour les scientifiques, la planète rouge représente bien plus qu’un simple terrain d’exploration. Elle pourrait un jour offrir des clés décisives pour comprendre l’origine de la vie, un des enjeux de science fondamentale les plus vertigineux que la recherche n’ait jamais eu à affronter.
Habitable ou habitée ?
Grâce aux différentes missions menées à la surface de Mars depuis le début des années 2000, la communauté scientifique dispose aujourd’hui d’indices quant à l’habitabilité passée de la planète rouge. Ceux-ci prennent la forme de traces d’eau liquide, d’éléments biochimiques essentiels comme le carbone, l’hydrogène ou l’azote, et de vestiges de sources d’énergie, notamment volcaniques. Les ingrédients nécessaires au développement de la vie ont bien été réunis à une époque sur Mars. « Mais la vie y était-elle pour autant présente ? », interroge Anna Grau, chargée de recherche au LPG1 à Nantes.
Différents modes d’exploration
Pour y répondre, chercheurs et chercheuses multiplient les approches en fonction de leur spécialité et des moyens dont ils disposent. Parmi ces derniers, l’exploration orbitale occupe une place centrale. Depuis 2016, l’Agence spatiale européenne mène la mission ExoMars avec le satellite Trace Gas Orbiter, dont l’objectif est de détecter d’éventuels gaz liés à une activité biologique passée dans l’atmosphère martienne. « Nous avons d’ailleurs détecté du méthane, qui peut résulter de processus géologiques comme le volcanisme, mais également biologiques, liés à une activité microbienne, précise Anna Grau. Il convient désormais de déterminer son origine. »
En parallèle, l’exploration in situ menée par les rovers2 offre un autre point d’entrée. Équipés de caméras, de capteurs thermiques et d’instruments d’analyse géochimique, ces engins permettent d’étudier directement la surface de la planète. « En tant que géologue, je m’intéresse aux photographies de roches transmises par ces rovers, indique Nicolas Mangold, chercheur en planétologie au LPG. Nous avons découvert que certaines structures minérales portent des marques rappelant l’oxydoréduction3, un phénomène souvent lié, sur Terre, à la présence de vie dans les sols. » Mais les limites de ces missions restent importantes. Ce qui est faisable aujourd’hui avec les rovers correspond à ce que la géologie permettait sur Terre il y a cinquante ans. Il faudrait que les analyses de ces marques minérales se poursuivent par exemple au microscope électronique, pour distinguer des signatures potentiellement biologiques de simples formations chimiques. Pour aller plus loin, il faudrait ainsi ramener des échantillons. Or, « les incertitudes budgétaires actuelles, notamment du côté de la Nasa, mettent en péril ces projets de transport », déplore le chercheur. Tant qu’ils resteront sur Mars, ces indices resteront… des indices.
1. Laboratoire de planétologie et géosciences.
2. Robots mobiles conçus pour se déplacer et réaliser des prélèvements ou photographies à la surface d’une planète.
3. Transfert chimique d'électrons d'un composé vers un autre.
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du magazine Sciences Ouest