Animaux en expo : fascination sous contrôle

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N° 435 - Publié le 29 janvier 2026
© NATACHA GRIFFAUT

Dans les expositions scientifiques, la place des animaux vivants fait parfois débat. Une démarche très encadrée, sur le plan juridique, sanitaire et éthique.

Observer un animal bouger, se nourrir, chasser : dans une exposition scientifique, le vivant agit comme un puissant aimant. « Au niveau de l’affluence, il y a une différence très nette entre les installations qui accueillent des animaux et les autres, résume Cécile Houget, responsable des expositions à l’Espace des sciences de Rennes. Dès qu’il y a du vivant, ça bouge, les gens viennent ! » Et c’est valable quelle que soit l’espèce considérée, y compris lorsqu’il s’agit de créatures a priori peu appréciées du grand public.

Protocole d’élevage


« Il y a quelques années, nous avions présenté des araignées et il y avait eu beaucoup de visiteurs ! Idem lors de l’exposition “Bestioles à domicile” dans laquelle nous avions des mouches, des fourmis et des vers de farine. Nous en avons même eu une sur les rats qui avait attiré les foules. » Cependant, montrer des spécimens vivants ne s’improvise pas. De nombreuses règles encadrent ces pratiques afin de garantir le bien-être des individus. « Tout d’abord, on doit monter des dossiers auprès des services vétérinaires du département pour avoir l’autorisation de présenter les animaux, explique Cécile Houget. Ensuite, il faut qu’on ait des capacitaires, c’est-à-dire des personnes formées à l’élevage qui vont veiller à ce que chaque espèce dispose de bonnes conditions de vie. » Rien n’est laissé au hasard : étanchéité des installations, sécurité du public, alimentation adaptée. Dans le cas d’une colonie de fourmis par exemple, les végétaux qui leur sont fournis ne doivent pas avoir été en contact avec des pesticides ou des fongicides. « Nous sommes formés en amont de l’exposition et nous devons remplir un cahier au jour le jour pour que les services vétérinaires puissent vérifier que l’on respecte bien le protocole d’élevage. Il ne s’agit pas seulement de les présenter et de leur donner trois feuilles de temps en temps. »  À ces obligations s’ajoute l’évolution des sensibilités quant au bien-être animal. Aujourd’hui, les équipes y réfléchissent et anticipent les interrogations sur le sujet. De fait, mettre en scène des organismes vivants ne sert pas qu’à attirer les foules. Il y a un réel intérêt didactique derrière leur présence. « On peut organiser des expositions sans individus vivants mais c’est beaucoup moins pédagogique », admet Cécile Houget.

Rendre la science concrète


Observer les interactions entre des insectes sociaux, la manière dont une araignée se cache ou la hiérarchie mise en place par les rats rend la science concrète. « La meilleure façon de faire connaître des animaux, c’est à travers l’observation de leurs comportements, poursuit la responsable. Il est parfois difficile de les voir dans la nature, c’est donc important de pouvoir le faire lors d’événements comme ceux-ci. Enfin, il ne faut pas oublier que le rôle de centres comme le nôtre, c’est aussi de sensibiliser le public à observer la nature. »

Alternatives 3D


Entre les contraintes juridiques, l’entretien des enclos ou la sensibilité du public, faire venir des animaux vivants dans un centre de sciences peut s’avérer compliqué, surtout lorsqu’il s’agit de gros spécimens. C’est pourquoi certaines institutions utilisent des alternatives, comme des modèles 3D en résine ou en carton. D’autres, comme le Muséum national d’Histoire naturelle, s’appuient sur les nouvelles technologies et proposent aux spectateurs de circuler entre des animaux virtuels grâce à la réalité augmentée. Ce dispositif a en outre l’avantage de pouvoir faire déambuler des espèces disparues depuis longtemps. Enfin, certains parcs zoologiques de dernière génération n’accueillent plus aucun organisme vivant mais utilisent des hologrammes (des images animées en trois dimensions) qui plongent les visiteurs au milieu de la faune de l’Arctique ou de la savane africaine.

Jimmy Leyes

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