Comment vivre avec le loup ?
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Alors que les populations de loups se stabilisent en France et que le canidé est de nouveau aperçu en Bretagne après un siècle d’absence, un projet d’arrêté menace aujourd’hui son statut de protection.
En France, la protection du loup est souvent présentée comme opposée à celle des troupeaux. En fin d’année dernière, le ministère de la Transition écologique a même présenté un projet d’arrêté visant à abaisser le statut de protection de l’espèce, la faisant passer de « strictement protégée » à « protégée ». Une mesure qui faciliterait notamment les tirs. S’en est suivi une consultation publique, laquelle s’est achevée fin décembre avec un avis largement défavorable.
Malaise agricole
En décembre 2024, la Convention de Berne sur la protection de la faune dans 49 États avait déjà approuvé un déclassement de ce statut. Les pays européens ont aujourd’hui le choix de transposer ou non la décision dans leur droit national. « En France, ce projet d’arrêté était largement demandé par des syndicats agricoles. On a fait du loup un bouc émissaire du malaise de la profession », analyse Alain Jean, vétérinaire lorientais fraîchement retraité et membre du Groupe loup Bretagne1. Année après année, la population de loups dans l’Hexagone se stabilise. En Bretagne, où le canidé est aperçu depuis 2022 après 116 ans d’absence, la compréhension de son comportement permet d’entrevoir de nouvelles manières de s’adapter à sa présence. Une méthode d’identification individuelle sur la base de photos2 permet d’affirmer qu’au moins six individus ont arpenté la région. Depuis mars 2025, ils seraient trois mâles isolés à se partager le territoire. Leur suivi permet aujourd’hui de cartographier leurs territoires respectifs3.
Une sorte de garant
« Quand un loup arrive dans une zone qu’il ne connaît pas, il a tendance à s’attaquer aux troupeaux non protégés, des proies faciles, explique Alain Jean. Mais à mesure qu’il apprend à connaître son environnement, il se reporte sur les ressources sauvages. » Même si le risque zéro n’existe pas, un loup installé sur un territoire a tendance à s’éloigner de l’élevage et agit comme une sorte de garant contre les attaques d’autres loups, qui ne chassent pas sur les territoires de leurs congénères. « On a donc intérêt à conserver ces individus car une fois tués, ils seraient remplacés par d’autres n’ayant pas encore appris à chasser la faune sauvage », résume le vétérinaire.
Mi-décembre, 213 organisations de protection de l’environnement ont interpellé les États membres de l’Union européenne, rappelant que « les décisions relatives à la conservation et à la gestion de la faune sauvage doivent être fondées sur des données scientifiques solides, et non uniquement sur des considérations politiques ». La lettre ouverte invite également à « intensifier les efforts pour assurer la coexistence entre les loups et les communautés rurales ». Alain Jean acquiesce : « Même si la science a parfois un temps de retard sur les temps médiatique et législatif, il est primordial de comprendre avant d’agir ».
1. Porté par le Groupe mammalogique breton et Bretagne vivante.
2. Voir Sciences Ouest n°428 (avril 2025).
3. Dans les monts d’Arrée et le Sud-Est du Finistère.
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