Magnétisme moléculaire : cinq ans pour « lever les verrous »

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N° 435 - Publié le 29 janvier 2026
© GREGOIRE DAVID

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Un projet d’ampleur débute en février à Rennes, où chimistes et physiciens s’apprêtent à développer une nouvelle méthode pour appréhender les propriétés magnétiques de molécules un peu particulières.

N’ imaginez pas Grégoire David en blouse blanche. Ce chargé de recherche CNRS à l’ISCR1 a beau être chercheur en chimie, il ne réalise pas d’expériences en laboratoire. Son domaine, la chimie théorique, consiste à modéliser et simuler des phénomènes chimiques sur ordinateur. « Pour cela, on se base beaucoup sur la physique, notamment la mécanique quantique car on s’intéresse aux interactions entre les électrons », explique-t-il. Le monde de l’infiniment petit est en effet régi par des règles complètement différentes de celles qui s’appliquent à notre échelle. Et c’est cette fameuse branche de la physique qui permet de les décrire.

Course à l’Espace


Le chercheur a décroché une bourse de 1,5 million d’euros de l’Union européenne2 pour le projet Brunch, qui démarre ce mois-ci. Le financement permettra de constituer une équipe de jeunes scientifiques qui, pendant cinq ans, planchera sur le magnétisme moléculaire. « Le projet s’articule autour de l’étude des propriétés magnétiques des molécules-aimants. Comme leur nom l’indique, elles ont des propriétés similaires aux aimants que l’on connaît tous, mais à l’échelle de la molécule », indique Grégoire David.
Si ces structures intéressent la communauté scientifique, c’est parce qu’elles pourraient constituer les briques élémentaires de l’ordinateur quantique. « Les enjeux de ces technologies sont majeurs à l’échelle internationale, notamment sur le décryptage des données3, c’est la nouvelle course à l’Espace », compare le chercheur.

Équations complexes


Pour utiliser ces molécules, qui n’existent pas à l’état naturel, il faut les synthétiser avec des propriétés définies et comprendre les interactions qui les régissent. « Or, modéliser les propriétés magnétiques d’une seule molécule peut prendre plusieurs semaines, tant les équations sont complexes. Et les plus prometteuses sont inaccessibles aux méthodes actuelles4. Il faut donc repousser ces limites calculatoires pour étudier les molécules de demain », expose le chercheur. Grâce à Brunch, il souhaite changer de paradigme : exploiter d’autres théories pour développer une méthode alternative et lever ces verrous. « On va explorer une piste qui pourrait vraiment ouvrir les possibilités d’étude et permettre d’aller plus loin », poursuit-il. Par exemple étudier les interactions entre les molécules-aimants et leur environnement, pour comprendre leur comportement au contact d’une surface ou de la lumière. 
« Avec ce projet, on nous dote d’une réelle force de frappe, de moyens d’aller au bout de nos questions. Il y a un intérêt fondamental à repousser les frontières de la connaissance, c’est ce qui fait avancer la science », assure Grégoire David. Et même si les applications de ces molécules sont encore lointaines et incertaines, qui sait où mènent les découvertes ?

Violette Vauloup

1. Institut des sciences chimiques de Rennes.
2. Le Conseil européen de la recherche est un organe de l'Union européenne chargé de coordonner les efforts de la recherche entre les États membres. Chaque année, il attribue des bourses dites « ERC » (pour European research council) à des projets finement sélectionnés.
3. Voir Sciences Ouest n° 432 (octobre 2025).
4. Que ce soit en raison de leur taille, des phénomènes en jeu ou des conditions dans lesquelles elles se trouvent.

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