Quand la dermatose bouscule l’élevage

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N° 435 - Publié le 29 janvier 2026
© MD BABUL HOSEN / ISTOCK
Les vaches infectées par la dermatose nodulaire contagieuse développent de la fièvre et des ganglions lymphatiques.

Depuis juin 2025, l’agriculture française affronte une nouvelle épizootie : la dermatose nodulaire contagieuse (DNC). Pour éradiquer sa diffusion, des mesures radicales sont prises. Explications.

Une « décision historique ». Pour la première fois, il n’y aura aucun bovin dans les allées du Salon international de l’agriculture, qui se tient à Paris du 21 février au 1er mars 2026. En cause : l’épidémie de dermatose nodulaire contagieuse (DNC) qui a fait son apparition en juin dernier dans des élevages bovins de Savoie, avant de se diffuser dans plusieurs exploitations du Sud-Ouest. « Il s’agit d’une maladie tropicale exotique, dont l’origine est africaine. Tout est fait pour qu’elle ne s’installe pas en France durablement », rappelle Gilles Salvat, directeur général par intérim de l’Anses1, et directeur délégué du pôle recherche et référence. Elle est véhiculée par des mouches piqueuses (de la famille des taons et des stomoxes) qui agissent comme des seringues contaminées en infectant les troupeaux. La DNC, si elle n’est pas contagieuse pour l’homme ni pour d’autres animaux, fait beaucoup souffrir les bovins qui en sont atteints. Elle entraîne des pertes économiques majeures et son éradication passe par l’abattage systématique des troupeaux en cas de contamination.

Campagne de vaccination


La vaccination est également indispensable pour limiter sa contagion. « Un animal contaminé connaît une période d’incubation de quelques jours à 28 jours avant de déclarer les symptômes de la maladie. Et lorsqu’on vaccine une vache, certaines sont déjà contaminées mais sans symptômes apparents et doivent ensuite être abattues, ce qui est très difficile à vivre pour les éleveurs concernés », explique Gilles Salvat. La rigueur avec laquelle les agriculteurs savoyards ont appliqué les consignes sanitaires a permis d’éradiquer la maladie sur leur territoire en quelques semaines. C’est à la faveur de transports d’animaux contaminés que la DNC est réapparue dans le Sud-Ouest, avec les conséquences sanitaires, économiques et politiques que l’on sait. La campagne de vaccination d’un million de bovins dans la région, quasiment achevée, devrait permettre d’endiguer la prolifération de la maladie, mais de nouveaux abattages sont inévitables.

Impact économique


Faudrait-il vacciner tout le cheptel breton, par précaution ? « Ce serait une mauvaise idée à ce stade. On ne peut pas distinguer, au sein d’un troupeau vacciné, les animaux malades, car le vaccin actuel n’est pas de type DIVA2. L’étape suivante serait de développer un vaccin sous-unitaire contre une protéine du virus, comme c’est le cas pour l’influenza aviaire, par exemple », explique le directeur de l’Anses, par ailleurs vétérinaire et docteur en microbiologie. L’urgence, c’est d’éviter à tout prix des mouvements d’animaux des zones infectées vers l’ouest de la France pour ne pas risquer de contaminer les élevages aujourd’hui préservés. L’impact économique d’une vaccination généralisée est également pris en compte. Cette mesure ferait perdre à la France son statut de « pays indemne » et interdirait ses exportations de viande durant quatorze mois. « Tous les éleveurs seraient alors touchés par une baisse de prix, y compris ceux qui n’exportent pas directement », souligne Gilles Salvat. De quoi justifier les mesures douloureuses qui frappent actuellement les exploitations.

Xavier Debontride

1. Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et
du travail.
2. Les vaccins DIVA (Differentiating infected from vaccinated animals) permettent de distinguer les animaux vaccinés de ceux infectés par un agent pathogène, facilitant ainsi le contrôle des maladies animales.

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