La grande traversée des climats

Néandertal, de l'autre côté du miroir

N° 435 - Publié le 29 janvier 2026
© CC BY-SA 4.0 / HENRI MOREAU
Fouilles dans la grotte marine effondrée de Menez Dregan, près d'Audierne (Finistère).

Au cours de sa longue période d’existence et sur un territoire très étendu, Néandertal a connu des climats particulièrement divers, ce qui a influencé son environnement, son comportement et ses déplacements.

« Il est bien complexe de parler de l’environnement des Néandertaliens au singulier, puisqu’ils ont tout connu », expose en préambule Marine Laforge, géoarchéologue à l’Éveha1, rattachée au Creaah2, à Rennes. Des forêts tempérées de Bretagne à la calotte glaciaire descendant jusqu’aux îles anglaises en passant par les steppes désertiques, Néandertal traverse une immense variété de climats tout au long de son existence (environ 350 000 ans) et en raison de sa très importante étendue géographique (de l’Europe occidentale jusqu’à l’Asie de l’Est).

Variations importantes


La paléoclimatologie permet cependant d’affirmer que « Néandertal a vécu sous des climats similaires au nôtre, ainsi que lors de périodes glaciaires, détaille la scientifique. En plus de très importantes fluctuations de température et de zones habitables, son existence a été marquée par une très grande variabilité du niveau de la mer, entre cent-vingt mètres sous l’actuel et cinq mètres au-dessus au cours des 600 000 dernières années. »
Lors de l’Éémien, dernière période interglaciaire qui intervient vers 125 000 ans AP3, le climat et le niveau de la mer étaient, d’après les connaissances actuelles, comparables à ce que l’on connaît aujourd’hui4. Il est alors tempéré, humide, et l’environnement est forestier en Europe. « Néandertal traverse ainsi au moins quatre périodes de 10 000 à 15 000 ans où il fait à peu près aussi chaud qu’actuellement. Entre ces phases interviennent des périodes glaciaires, durant lesquelles le climat est froid et sec, et la Bretagne… comparable à la Sibérie ! », explique la chercheuse.

Grottes et submersion


Malgré ces variations, la France et la Bretagne ont toujours été habitables pour les Néandertaliens, mais sous des conditions bien différentes : « Lors du dernier maximum glaciaire, il y a 21 000 ans, la calotte glaciaire descendait jusqu’au sud de l’Angleterre, qui n’était séparée des côtes françaises que par une plaine très étendue aujourd’hui recouverte par la Manche, peuplée d’animaux adaptés aux climats froids, comme les mammouths et les rennes ».

Les conséquences sur les capacités d’adaptation de Néandertal sont difficiles à définir. Néanmoins, de telles variations de températures et d’environnement ont inévitablement « influencé fortement les migrations et la manière de coloniser le territoire. Il s’est continuellement adapté et déplacé pour suivre les animaux qu’il chasse, trouver de nouvelles sources d’eau et de nourriture, et fuir les environnements trop froids ». 

La plupart des sites archéologiques qui se rapportent à Néandertal, en grande partie des grottes, voient leurs occupations datées des fins de période interglaciaire, au moment où le niveau marin est relativement haut. L’absence de sites occupés en période glaciaire laisse supposer qu’une partie des zones habitées lorsque la topographie était très différente pourraient se trouver aujourd’hui englouties. Ainsi, « le site côtier de Menez Dregan, parmi les plus longuement fouillés en Bretagne et occupé à plusieurs reprises par Néandertal, se trouvait lors de certains de ses passages à une dizaine de kilomètres du littoral », conclut Marine Laforge.

Anna Sardin

1. Études et valorisations archéologiques, principal bureau d’études archéologiques privé en France.
2. Centre de recherche en archéologie, archéosciences, histoire.
3. L’abréviation AP (avant le présent), est utilisée pour les dates lointaines dans le passé. Par convention, la date du présent est située au 1er janvier 1950.
4. Au niveau planétaire, nous sommes depuis environ 14 000 ans dans une période interglaciaire.

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