Médias et municipales : « Le lecteur et l’électeur »
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À Rennes, une doctorante cherche à comprendre les évolutions du traitement médiatique des municipales par Ouest-France. Une manière de mieux cerner les enjeux qui relient information et démocratie.
Les 15 et 22 mars 2026, les habitants des 34 875 communes du pays sont invités à élire leurs conseillers municipaux. À Rennes, une doctorante profite du scrutin pour mieux comprendre la presse quotidienne régionale.
Comme un métronome
Sa thèse en science politique à l’Université de Rennes porte en particulier sur le groupe Ouest-France, où l’on « parle des élections municipales comme de “Jeux olympiques”, justifie Lilas Pastré. Couvrir les déclarations de candidature, les listes complètes, les programmes, les faits de campagne et les résultats dans 3 800 communes de l’Ouest, c’est une vraie épreuve de fond ! » Depuis le début de son doctorat, en septembre, elle multiplie observations et entretiens. « Je veux voir le plus de situations possibles : des réunions de rédaction, des reportages, des moments d’écriture... Puis j’en extrairai des hypothèses que je confronterai à une analyse des archives du journal et du traitement passé des élections », résume la doctorante.
Ce scrutin, qui revient tous les six ans « comme un métronome » permet en effet d’observer des changements, à la fois dans le journalisme et dans la politique locale. La jeune chercheuse veut notamment explorer la tension qui existe entre « le lecteur et l’électeur », deux figures mobilisées par Ouest-France pour justifier son traitement des municipales. « Il y a une dissonance entre la mission de service public mise en avant par le média, et un impératif de rentabilité. En France, 70 % des communes comptent moins de 1 000 habitants. Vouloir informer “l’électeur” ne touche pas “le lecteur” : produire localement l’information se heurte à une recherche d’audience plus large, expose la chercheuse. Dans un contexte de concentration des médias aux mains de milliardaires, interroger cette tension entre logique capitaliste et démocratie dans le journalisme local me paraît essentiel. » Dans l’écosystème médiatique français, le groupe Ouest-France fait en effet figure d’exception. Il appartient en effet à une association loi de 1901 à but non lucratif : l’Association pour le soutien des principes de la démocratie humaniste. « Je pense que cela favorise une forme de réflexivité sur sa manière de travailler, d’où cette ouverture aux sciences sociales », avance Lilas Pastré.
Questions urgentes
Avec sa thèse à la croisée de la science politique, de la sociologie du journalisme et de l’informatique (pour le traitement des données liées aux archives), la doctorante questionne des évolutions passées… mais pas seulement. « Dans un contexte international de montée du fascisme, il y a des questions urgentes à se poser sur les structures qui garantissent la démocratie. Savoir comment le rôle de la presse et le travail de ceux qui documentent et informent le débat public ont changé est primordial pour savoir vers quoi nous nous dirigeons », conclut Lilas Pastré.
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