Le dessin, un « pivot entre l’art et les sciences »
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Avec ses dessins naturalistes, l’artiste rennaise Coline Colline invite à regarder le vivant d’un autre œil. À la croisée de l’art et des sciences, la dessinatrice ouvre le dialogue avec lenteur et précision.
La première fois que nous croisons Coline Colline, elle porte des bottes en caoutchouc et un anorak, c’est en pleine forêt de Paimpont. La dessinatrice accompagne des étudiants de l’Université de Rennes sur un stage naturaliste. La seconde fois, c’est entre deux averses, dans un café rennais. Elle pose sa planche à dessin sur une chaise, remue son café crème et évoque les collines provençales de son enfance qui, conjuguées aux fréquentes fautes d’orthographe sur son prénom, lui ont fait opter pour le nom d’artiste Coline Colline1.
Une technique pivot
Aujourd’hui installée en Bretagne, cette ancienne conservatrice au Musée national Picasso à Paris puis au Mucem à Marseille, se consacre pleinement au dessin depuis 2022. Son trait à l’encre de Chine décline avec précision un bestiaire attachant de réalisme, des dessins naturalistes à la rigueur quasi-scientifique. « Le dessin animalier et botanique est à cheval entre l’art et les sciences. Quand je dessine un animal ou une plante, cela revient à représenter visuellement l’ensemble des connaissances anatomique dont on dispose, sans sacrifier l’esthétique », présente Coline Zellal de son vrai nom.
Le lien qui unit sciences et dessin est d’ailleurs ténu. « Le terme vient de l’italien disegno, qui équivaut plutôt au dessein, à l’idée. À la Renaissance, il était perçu comme un outil lié à l’apprentissage et à la réflexion, à la connaissance et à la mise en forme de pensées, poursuit l’artiste. Et si le dessin a longtemps gardé cette valeur scientifique, c’est aussi tout simplement parce qu’avant la photographie, c’était le seul moyen de représenter quelque chose, c’est une technique pivot entre l’art et les sciences. »
Trompe-l’œil
Les créations de Coline Colline ne prennent pas place sur n’importe quel support. Particulièrement sensible aux questions de patrimoine, la dessinatrice commence chaque projet en cherchant des documents anciens. « Cela peut être des plans de jardin, des cartes marines ou encore des planches botaniques, que je numérise puis fais rééditer. Ensuite, je dessine dessus avec une technique à l’encre de Chine. » Ses créations en noir et blanc finissent par se fondre dans l’archive, formant un trompe-l’œil parfois incongru. Un chou frisé sur la côte malouine, une laie et son marcassin dans les jardins du château de Villers-Cotterêts, ou encore un poisson-clown au milieu d’un cadre à l’ornementation exubérante. « J’utilise des feutres très fins, qui me permettent de tracer des lignes de la taille d’un cheveu et avec lesquels je superpose des traits et des points qui apportent la lumière, l’ombre et les contrastes », détaille Coline Zellal. Une technique lente, qui demande 8 à 15 heures de travail pour un dessin.
Le temps de la lenteur
Mais la lenteur n’effraie pas la dessinatrice. Pour chaque création, elle regarde des photos d’animaux, combine plusieurs images pour former son modèle et décortique chaque détail pendant des heures, de l’ondulation d’un pli de peau à l’orientation des écailles d’un poisson. Une forme de patience et de contemplation qu’elle raconte avoir retrouvée à Paimpont, quelques mois plus tôt, alors qu’elle suivait des étudiants en cours d’échantillonnage. « Je les ai regardés passer une journée à chercher un escargot précis et observer les indices minuscules qui permettent de différencier une araignée mâle d’une araignée femelle. C’est un rythme opposé à celui du quotidien de nos vies, ça m’a rappelé le temps que je consacre à l’observation dans mon travail », compare la dessinatrice, qui assistait à ce stage naturaliste dans le cadre d’un projet d’exposition autour des collections de l’Université de Rennes. Des forêts bretonnes aux salles de cours, Coline Colline poursuit aujourd’hui son travail de recherche pour proposer une restitution dessinée, qui fera l’objet d’une exposition au printemps 2027.
1. Site internet : colinecolline.com
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