Pois et lentilles : de plus en plus d'allergies

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N° 437 - Publié le 30 mars 2026
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Les chercheurs observent une hausse des réactions sévères à ces deux légumineuses. Une évolution qui interroge sur l’impact des nouveaux modes de consommation et de transformation des aliments.

Entre fin 2017 et début 2022, les déclarations d’anaphylaxie au pois et à la lentille ont augmenté de 56 %. Des données qui soulèvent quelques questions, à commencer par celle-ci : comment devient-on allergique ? 

Sensibilisation et déclenchement


6,6 % des Européens sont concernés par une allergie alimentaire. « C’est une réaction excessive du système immunitaire envers un aliment normalement inoffensif, qui est reconnu comme une menace et déclenche une réponse pathologique », souligne Wieneke Dijk, chargée de recherche à l’Inrae1 au sein de l’unité BIA2, à Nantes. Toutes les allergies suivent le même schéma : d’abord une phase de sensibilisation à l’allergène (la plupart du temps une protéine), souvent invisible et sans réaction. Puis une phase de déclenchement, qui se traduit par la réaction allergique. La sensibilisation peut d’ailleurs se faire par voie cutanée ou aérienne, par exemple au contact de pollens contenant des protéines similaires à celles de certains fruits et légumes3.
« Les raisons pour lesquelles certains développent une allergie et pas d’autres sont à la fois génétiques et environnementales, explique Marie Bodinier, directrice de recherche à l’Inrae et responsable de l’équipe Allergie de l’unité BIA. L’exposition aux polluants ou aux antibiotiques peut par exemple favoriser leur déclenchement. » L’exposition à un allergène à l’échelle d’une population joue aussi beaucoup. « Ainsi, l’allergie au riz est relativement fréquente au Japon et celle au maïs au Mexique », illustre Wieneke Dijk.

Protéines de pois


En France, le Réseau d’allergo-vigilance recense les cas d’anaphylaxies sévères. Entre 2002 et 2022, il a enregistré 39 anaphylaxies au pois et à la lentille, soit 1,47 % des cas, et constate une hausse depuis quelques années. « Les données sont envoyées sur la base du volontariat par les médecins, elles sont probablement sous-estimées », précise la chargée de recherche.
L’une des pistes d’explication de ce phénomène réside dans la probable augmentation de la consommation de pois et de lentille, en particulier chez les personnes suivant un régime végétarien ou végan. Mais aussi dans l’évolution des modes de consommation. « Les protéines de pois sont de plus en plus incorporées à de nombreux produits par les industriels, par exemple pour améliorer le croustillant de frites au four ou augmenter l’apport protéique de plats », note Wieneke Dijk. Outre la présence accrue de protéines, « on se demande aussi dans quelle mesure la transformation favorise le risque allergique », ajoute Marie Bodinier. Aujourd’hui, en Europe, quatorze allergènes alimentaires font l’objet d’un étiquetage obligatoire. Pour Wieneke Dijk, cela ne fait pas de doute : « Ajouter le pois et la lentille permettrait de mieux protéger les personnes allergiques. »

Violette Vauloup

1. Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement.
2. Laboratoire biopolymères interactions assemblages.
3. Une personne allergique au pollen de bouleau peut ainsi présenter une réaction allergique en mangeant une pomme car son organisme reconnaît le même type de protéine, des PR 10.

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