Les polluants environnementaux en question

Maladies neuro-dégénératives : quand le cerveau ne répond plus

N° 437 - Publié le 30 mars 2026
© ERICH WESTENDARP / PIXABAY

Les polluants sont-ils impliqués dans l’apparition des maladies neurodégénératives ? Pour répondre, il faut plonger dans notre exposition massive aux substances chimiques.

« L’exposition professionnelle aux pesticides est reconnue comme un facteur de risque de maladie de Parkinson, et aussi d’Alzheimer, même si le niveau de preuve est un peu moindre, indique Sophie Lefèvre-Arbogast, chargée de recherche Inserm1 à l’Irset2, à Rennes. Et la pollution de l’air est associée de façon robuste à la maladie d’Alzheimer. » Mais le rôle des multiples polluants reste peu connu. 

Une liste de suspects 


« Lorsque l’on vieillit, le cerveau est plus vulnérable, poursuit-elle. Et une partie de ces substances peut s’y retrouver. Par ailleurs, des études cellulaires ou animales ont déjà montré que certaines molécules influencent des mécanismes impliqués dans les maladies neurodégénératives. » 
Avec son équipe, la chercheuse étudie les liens entre l’exposome chimique, « l’ensemble des substances auxquelles nous sommes exposés tout au long de notre vie, via l’air, l’eau, l’alimentation, etc. », et le vieillissement cérébral. La particularité du projet Églantine réside dans son approche non ciblée. « Nous regardons tout ce que nous pouvons trouver dans le sang de 500 personnes de la cohorte des Trois Cités3, précise l’épidémiologiste. La méthode de spectrométrie de masse à haute résolution détecte des molécules, en mesurant leurs propriétés physico-chimiques et leur quantité. » Des milliers, voire des dizaines de milliers de substances dans le sang de chaque individu, entre celles produites par l’organisme et celles venant de l’extérieur, et tous leurs métabolites4. Le challenge est alors, avec les chimistes, de mettre un nom sur chacune, et d’identifier à l’aide de corrélations statistiques celles qui pourraient jouer un rôle dans le vieillissement du cerveau. « Nous croisons ce que nous avons mesuré avec une liste de suspects », explique Sophie Lefèvre-Arbogast.
Alors que ces listes infinies de substances sont en cours d’analyse, le projet se prolonge actuellement à l’échelle européenne, sur plusieurs milliers de personnes. « L’idée est de les suivre plus tôt, dès 45 ans, poursuit-elle, car la maladie d’Alzheimer se développe pendant une vingtaine d’années avant l’apparition des troubles cognitifs. » L’impact de certaines combinaisons de polluants sera aussi étudié en laboratoire sur des modèles animaux.

Des PFAS dans la gaine de myéline


Car pour démontrer le rôle de ces substances, les chercheurs doivent combiner des études sur des populations humaines, et des travaux plus fondamentaux pour démontrer leur mécanisme d’action. « C’est l’association de ces différentes approches qui permet de mieux comprendre les causes des maladies », confirme Emmanuelle Leray, directrice de recherche Inserm à l’EHESP5, à Rennes, qui dirige le projet Flame, sur le rôle des PFAS6 dans le développement de la sclérose en plaques. « Il a été montré, sur des rongeurs et des amphibiens, qu’ils peuvent s’accumuler dans la gaine de myéline7, atteinte dans cette maladie », explique-t-elle. En parallèle de la recherche en laboratoire, des épidémiologistes vont travailler sur « une cartographie des PFAS, à partir des analyses de l’eau, et une autre de la sclérose en plaques, pour voir s’il existe des corrélations ». Les premiers résultats sont attendus d’ici la fin de l’année.

Élodie Papin

1. Institut national de la santé et de la recherche médicale.
2. Institut de recherche en santé, environnement et travail.
3. Cohorte de 9 000 personnes de 65 ans et plus recrutées en 1999 à Bordeaux, Dijon et Montpellier, pour étudier les facteurs de risque de la démence et de la maladie d’Alzheimer.
4. Molécules issues de l’action du métabolisme sur une substance.
5. École des hautes études en santé publique.
6. Substances perfluoroalkylées et polyfluoroalkylées, couramment appelées « polluants éternels ».
7. Membrane entourant les fibres nerveuses, composée principalement de lipides.

TOUT LE DOSSIER

Abonnez-vous à la newsletter
du magazine Sciences Ouest

Suivez Sciences Ouest