Recensement : les statistiques en action
Les maths au coeur du monde
Connaître le nombre d’habitants d’un pays se révèle indispensable à son administration. Mais comment dénombrer la multitude ? Zoom sur les mathématiques appliquées au service du recensement.
« Mesurer pour comprendre. » Sur la façade de la direction régionale de l’Insee Bretagne, à Rennes, cette petite phrase s’adosse au logo du fameux Institut national de la statistique et des études économiques. Chaque année, il coordonne le recensement de la population, c’est-à-dire l’estimation du nombre de personnes vivant en France1, ainsi que leurs caractéristiques.
Dotations et élections
« Les communes de moins de 10 000 habitants sont recensées de manière exhaustive tous les cinq ans, et dans les autres, on interroge 8 % des logements chaque année, via un questionnaire d’une trentaine de questions », explique Tristan Picard, chef du service Études et diffusions de la direction régionale de l’Insee Bretagne. Si la conception des questionnaires et l’analyse des données revient à l’Insee, la collecte, elle, est l’affaire des communes, qui déploient des agents recenseurs pour faire le lien avec les ménages. Une fois anonymisées et agrégées, les données sont rendues publiques.
« Le premier usage du recensement est administratif et juridique : il permet de connaître la population de référence de chaque commune, souligne le statisticien. Cela permet notamment de calculer la dotation de l’État et d’organiser les élections municipales, pour lesquelles le nombre d’élus et les règles de parité varient selon le nombre d’habitants. » Les données récoltées nourrissent aussi des études sur des sujets variés, comme la mobilité ou le vieillissement d’un territoire. Enfin, à partir de ces chiffres, l’Insee produit des projections. « Essayer de dire à quoi ressemblera la population bretonne en 2050 est indispensable, par exemple pour construire les plans locaux d’urbanisme ou établir des schémas de cohérence territoriale, des projets qui se pensent 20 à 30 ans en amont », illustre Tristan Picard.
Définir des cases
Les mathématiques jouent donc un rôle essentiel dans l’administration des territoires. Le recensement est d’ailleurs l’une des opérations statistiques les plus anciennes de l’Histoire. Il était déjà pratiqué au 3e millénaire avant notre ère en Égypte et en Chine. Historiquement, il s’agissait déjà d’un outil important pour connaître la population éligible à l’impôt ou le nombre d’individus mobilisables en cas de guerre.
L’évolution des données collectées reflète les transformations de la société. « En tant que statisticiens, on aime bien mettre les choses dans des cases. Le problème c’est qu’en définissant ces cases, on définit aussi la manière dont la société est visualisée », expose Tristan Picard. C’est pour cela que le questionnaire du recensement s’adapte à de nouvelles réalités. Il intègre ainsi aujourd’hui des paramètres autrefois absents, comme l’homoparentalité ou le télétravail.
1. Peu importe l’âge, la nationalité ou le statut légal.
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du magazine Sciences Ouest