Comment les singes géladas résolvent les conflits ?
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Une étude démontre la remarquable flexibilité des singes géladas dans les stratégies qu’ils emploient pour résoudre les conflits, révélant au passage tout l'enjeu que représente la cohésion du groupe.
En 2024, des éthologues rennais, italiens et éthiopiens ont passé six mois dans la région de Debre Libanos, en Éthiopie. Chaque matin, équipés d’une caméra et d’un micro, ils sont montés sur un plateau, où un groupe de singes géladas passe la journée. Leur objectif : enregistrer leurs interactions pour investiguer les stratégies communicatives utilisées après une agression. Les résultats, qui viennent d’être publiés, ouvrent une fenêtre sur l’importance de la cohésion de groupe.
Des conflits résolus dans les dix secondes
Cette espèce endémique de l’Éthiopie vit dans un système social complexe. Le groupe est composé de plusieurs unités familiales qui comprennent un mâle et plusieurs femelles, souvent sœurs ou demi-sœurs. « Au sein de ces unités, il peut y avoir des conflits entre femelles, qui se traduisent par des agressions physiques comme des morsures. Mais la plupart sont initiés par le mâle et sont sans contact, une poursuite par exemple », illustre Luca Pedruzzi, le chercheur en éthologie au CEEC¹ à Rennes qui a mené l’étude. Au total, plus de 500 conflits ont été enregistrés, et les résolus l’ont été dans les dix secondes. « Nous avons analysé tous les signaux mobilisés entre agresseurs et victimes après un conflit. Dans 80 % des cas il s’agit de signaux non-physiques comme des vocalisations ou des expressions faciales spécifiques », explique le chercheur.
L’équipe a ensuite mesuré la complexité de la séquence selon trois critères : sa durée, sa multimodalité (le singe utilise-t-il uniquement des vocalisations ou aussi des expressions et un contact physique ?) et le nombre de signaux utilisés. Les sujets qui n’ont pas de lien de parenté utilisent ainsi des séquences plus longues et complexes. Même scénario si l’agresseur — souvent à l’origine du processus de réconciliation — est dominant sur la victime et si cette dernière est stressée. « Et plus le nombre de sujets dans l’audience est important, plus la résolution du conflit est rapide, probablement pour éviter qu’il ne se diffuse », avance l’éthologue.
Maintenir la cohésion du groupe
« Cette flexibilité communicative montre que l’animal est capable de considérer plusieurs facteurs simultanément : les interactions passées, la proximité génétique et sociale, la position hiérarchique ou encore l’état émotionnel de l’autre », souligne Luca Pedruzzi. Cela montre aussi comment la nécessité de garder la cohésion du groupe, potentiellement menacée par les conflits, influence le développement de stratégies de communication. « En général, plus le système social est complexe, plus les stratégies communicatives et cognitives sont sophistiquées », ajoute le chercheur, pour qui ces études de terrain apportent une grande pertinence écologique par rapport aux études en captivité.
1. Centre d'étude en éthologie et cognition.
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