Les secrets de la Charmante

Actualité

N° 440 - Publié le 12 août 2026
© XAVIER LE RUDULIER / ADRAMAR
Un plongeur photographie deux canons de fer sur l'épave des Pierres des Portes, présumée être la frégate corsaire malouine la Charmante coulée en 1702.

Entre plongée, étude des archives et examen des collections, une campagne de recherche s’est ouverte à Saint-Malo pour percer les mystères d’une frégate corsaire perdue voilà plus de trois-cents ans, à l’entrée de la baie.

Fin mai, des plongeurs sont revenus pour la première fois depuis trente-cinq ans sur l’épave présumée de la Charmante, à l’entrée de la baie de Saint-Malo. Découverte en 1987 par le plongeur malouin Denis Douillez, elle n’a été reliée au navire corsaire qu’au début des années 2000 lors de recherches archivistiques. Entre 1988 et 1990, des fouilles avaient révélé onze canons en fonte de fer, des ancres, et de nombreux objets du quotidien tels que des porte-plumes ou de la monnaie. Et voici qu’elle fait son retour dans l’actualité…

Une zone agitée


« Le mobilier retrouvé a permis de dater le naufrage de ce bateau à la fin du 17e siècle ou au début du 18e, ce qui correspond à la perdition de la Charmante, dont on sait qu’elle a talonné sur les roches qui jonchent le chenal », explique Hélène Botcazou, archéologue et spécialiste de l’archéologie navale moderne à l’Adramar¹, à Saint-Malo. Mais la zone est très accidentogène, il est possible que plusieurs navires aient coulé ici, et identifier avec certitude une épave peut prendre beaucoup de temps. Sans compter que la structure du bateau ne s’est pas conservée.

Plus les vestiges sont abrités de la lumière, de l’oxygène et des remous du courant, moins leur dégradation est rapide. « Mais ici, c’est une zone agitée et rocheuse, avec toutefois des cuvettes de sédiment qui ont préservé quelques objets », indique l’archéologue. Alors, peut-on tirer plus d’informations de ce site ? C’est pour répondre à cette question que l’Adramar, en partenariat avec le centre de plongée de Saint-Malo, a entrepris de réexaminer l’épave pendant deux jours, au printemps².

« Nous avons profité des progrès techniques depuis les premières fouilles pour prendre des photos de meilleure qualité, faire une cartographie plus précise du site, estimer son potentiel stratigraphique, c’est-à-dire s’il y a suffisamment de sédiments pour contenir des vestiges, et prospecter les alentours au cas où des vestiges se seraient éparpillés », retrace Hélène Botcazou.

Capsule temporelle 


Ces plongées ont été complétées par une visite aux réserves du musée de Saint-Malo cet été, pour mettre en regard la collection de la présumée Charmante et celles des deux frégates corsaires englouties au pied des écueils de la Natière en 1704 et 1794. Les données récoltées sont en cours d’analyse. Elles donneront lieu à un rapport, qui doit être examiné par le ministère de la Culture au printemps, lequel décidera de l’enclenchement ou non de nouvelles fouilles.

« À terre, les traces d’occupation se superposent sur des centaines ou des milliers d’années, les objets sont datés les uns par rapport aux autres. Une épave, au contraire, c’est une capsule temporelle, compare la spécialiste. Tous les vestiges sont contemporains entre eux, ils forment des ensembles cohérents, ce sont de précieuses mines d’information pour comprendre une époque. »

Violette Vauloup

1. Association pour le développement et la recherche en archéologie maritime.
2.Projet soutenu par la Région Bretagne, le Département d’Ille-et-Vilaine, la Ville de Saint-Malo et le Département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines.

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