Plongée dans le monde invisible
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Aux Champs Libres, à Rennes, deux artistes interrogent le réel et sa nature au prisme de l’invisible. Une réflexion largement nourrie par la science.
Étranges, vertigineuses, parfois dérangeantes. Les œuvres qui ont pris place aux Champs Libres, à Rennes, en mai dernier, ne laissent pas de marbre. Conçue en résidence à l’Université de Rennes et visible jusqu’au 11 octobre, l’exposition Le monde invisible, de Flavien Théry et Fred Murie, invite à plonger dans une dimension d’ordinaire imperceptible à l’œil humain.
Une bûche en scanner
« On nous a donné carte blanche, on a choisi le sujet de l’invisible car ça ouvre un large champ d’expérimentation », racontent ceux qui se sont intéressés à la radioactivité comme à l’obscurité, l’infiniment petit, le temps ou encore le vide. « Ce thème est un point de rencontre entre l’art et la science, où il est dans les deux cas question de donner à voir l’abstrait », analyse Flavien Théry. Et pour cause, les emprunts au monde scientifique sont nombreux, notamment dans les techniques d’imagerie impliquées dans la production d’un certain nombre d’œuvres.
Les deux compères ont réalisé une radiographie de deux modèles anatomiques de cerveaux pour révéler les secrets de leur intériorité, passé une bûche de bois dans un scanner médical pour mieux considérer le passage du temps gravé en son sein, ou encore immortalisé trois grains de sable au microscope à balayage électronique. Comme de nombreuses installations de l’exposition, ces grains de sable sont perçus en relief stéréoscopique. Il faut chausser les lunettes 3D fournies à l’entrée pour en saisir le relief, qui évoque des astéroïdes en lévitation. Dans la même pièce, une tapisserie, elle aussi en stéréoscopie, invite à contempler les tréfonds de l’Espace. « Jean-Pierre contemplant le trou noir » rend hommage au travail précurseur de l’astrophysicien Jean-Pierre Luminet, qui a réalisé en 1978 la première simulation informatique de l’apparence lointaine de cet objet céleste. « En 2019, l’observation réelle d’un trou noir a confirmé la justesse de sa vision de quelque chose qu’il n’avait pourtant pas vu », souligne Flavien Théry.
Science et spiritisme
Partout dans l’exposition, s’exprime la porosité entre deux mondes : le visible et l’invisible, sorte d’au-delà mystérieux. « Le spirituel a fasciné des scientifiques dans la seconde moitié du 19e siècle », souligne Fred Murie. Pierre et Marie Curie étaient par exemple adeptes des séances de spiritisme et Thomas Edison cherchait à mettre au point une machine pour communiquer avec les morts. À l’instar du clavier « D’une main invisible », dont les touches semblent s’animer par magie, « toutes nos installations ont une explication scientifique et rationnelle, rappellent les artistes. Mais chacun peut être tenté d’y projeter un sens, une signification ». C’est d’ailleurs peut-être pour ça que l’invisible fascine, « parce que ce n’est pas l’évidence, c’est quelque chose qu’il faut aller chercher, et sur lequel on doit projeter son imaginaire et sa curiosité ».
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