Un compositeur en immersion dans les sciences marines
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Cet été, la Station biologique de Roscoff a accueilli en résidence un compositeur italien. Une manière d’interroger les processus créatifs, au fil des rencontres et des sorties de terrain.
Fin juin, alors que le pays croule sous les records de chaleur, un vent frais souffle sur la station biologique de Roscoff, qui accueille Simone Tolomeo. Le compositeur et musicien italien a été sélectionné parmi plus de 90 candidats dans le cadre d’une résidence conçue avec l’Orchestre national de Bretagne (ONB).
Découvrir un monde
Ce mois en immersion dans le quotidien de scientifiques donnera lieu à une œuvre orchestrale d’une quinzaine de minutes inspirée par la richesse des écosystèmes marins, et sera jouée lors de la saison 2027 / 2028 de l’ONB.
« Ça me rend un peu triste que ce soit l’avant-dernier jour », souffle le compositeur dans la voiture qui le mène au port, où il s’apprête à embarquer auprès de chercheurs pour une sortie en mer. Sur le ponton, les blagues fusent, l’ambiance est à la rigolade. Simone Tolomeo est désormais bien connu des équipes. « On va échantillonner du zooplancton à l’aide de grands filets, c’est une manip qu’on fait tous les quinze jours depuis vingt ans », explique Thierry Comtet, chercheur CNRS en écologie marine à la Station biologique de Roscoff. « Cela permet notamment de mesurer la quantité de larves d’invertébrés et en particulier de crépidules, un mollusque introduit accidentellement des États-Unis il y a plus de cent ans, qui s’est révélé envahissant dans plusieurs zones. »
Accoudé au pont, Simone hoche doucement la tête. C’est la deuxième fois qu’il embarque pour cette sortie de mer. Il nous explique en détail le protocole de la mission tout en racontant une anecdote sur l’îlot que le bateau dépasse. Et poursuit : « Ce mois de juin m’aura fait sortir de ma zone de confort, c’est certain. Les résidences sont un format intéressant pour composer, mais elles sont souvent entre artistes. Là, je découvre un monde et ça demande un certain effort que l’on fait moins passé un certain âge : aller vers des sujets nouveaux, faire des efforts de compréhension », raconte-t-il en couvrant le bruit des machines. C’est d’ailleurs avec l’idée de s’inspirer des sons qu’il est arrivé à la station. « Mais j’ai vite compris que c’était une mauvaise piste. »
Processus créatifs
Il se prend alors plutôt d’intérêt pour les concepts. La symbiose par exemple, l’association durable et à bénéfices réciproques entre plusieurs organismes. « C’est fascinant et ça se traduit en musique : imaginez un motif mélodique indépendant qui, une fois intégré à un motif plus grand, ne peut plus s’en échapper », illustre Simone Tolomeo, pour qui n’importe quel objet — concret ou abstrait — peut être regardé à la fois par l’art et par la science. « Mais en sciences il y a cette question de la vérité avec un grand V alors que dans l’art il est inutile d’avoir deux fois le même regard », analyse le compositeur, pour qui la phase d’écriture viendra après la résidence. « En tant que scientifiques, ce genre d’échange nous apporte un point de vue différent sur nos recherches et nos pratiques. ça invite à réfléchir autour des processus créatifs en général », pose Fabrice Not, chercheur à la station et à l’origine du projet de résidence.
Pendant un mois, le compositeur a interrogé des scientifiques, suivi des missions de terrain et engrangé de nombreuses connaissances sur des sujets allant de la biogéochimie marine à l’écologie des populations. En fin de journée, il a pris l’habitude de reprendre ses notes au Café Ty Pierre, en face du port. « Roscoff, ce n’est pas grand, le soir il y a toujours quelqu’un de la station là-bas », note-t-il. Alors parfois les discussions se poursuivent. « C’est aussi ça, une résidence, c’est plus que récolter une matière purement scientifique, c’est par exemple voir le regard de quelqu’un s’illuminer quand il vous parle de la couleur des cyanobactéries, et apprendre quelques jours plus tard qu’il est peintre, et tout à coup tout fait sens ! »
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