Sur les traces des plages disparues

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N° 442 - Publié le 3 novembre 2026
© CARLOS ARCE-CHAMORRO
Les scientifiques ont prélevé les sédiments de plages aujourd'hui disparues sur 24 sites bretons.

Des chercheurs ont retracé l’évolution du trait de côte en Bretagne grâce à l’analyse de sédiments qui ont enregistré la montée des océans sur notre littoral. De quoi dresser un parallèle entre notre ère et il y a 130 000 ans.

Il arrive que nous marchions sans le savoir tout près des derniers vestiges de plages disparues. En bord de mer, des dépôts de sédiments vieux de dizaines de milliers d’années se cachent entre des amas rocheux ou des dunes érodées. Des chercheurs des laboratoires Géo-Océan (à Vannes) et Géosciences Rennes ont analysé et daté ces particules de 24 sites bretons pour étudier les variations du niveau de la mer au cours des 130 000 dernières années.

L’histoire se répète
 

Depuis 2,5 millions d’années, le climat mondial oscille entre des épisodes glaciaires, au cours desquels la mer descend jusqu’à 100 m (cycles régressifs) et des épisodes interglaciaires au cours desquels elle connaît une montée de magnitude similaire (cycles transgressifs). Cette succession cyclique s’est répétée plus de vingt fois. L’une des conséquences évidentes de ces cycles est le déplacement du trait de côte de dizaines de kilomètres, ce qui change radicalement la morphologie du paysage. « Imaginez la Manche sans eaux océaniques comme une grande plaine inondable, avec la Bretagne et sa plateforme continentale découverte sur son versant sud », propose Carlos Arce-Chamorro, aujourd’hui chercheur à l’Université de La Corogne, en Espagne, et principal auteur de l’étude.

Nous nous trouvons aujourd’hui à un stade très avancé d’une phase interglaciaire appelée Holocène. Indépendamment des effets de l’activité humaine sur le réchauffement du climat, le niveau des océans monte depuis 15 000 ans de manière naturelle. La ligne de côte s’est petit à petit déplacée vers l’intérieur. « Les restes de plages fossiles que nous voyons sur le littoral nous indiquent que la mer a un jour atteint cette hauteur. Le défi est de savoir quand », résume le chercheur. Pour cela, les scientifiques ont utilisé la datation par luminescence stimulée optiquement, une méthode qui permet de mesurer le temps écoulé depuis la dernière exposition à la lumière des deux minéraux les plus abondants sur Terre : le quartz et le feldspath. « Les âges calculés indiquent qu’entre 130 000 et 120 000 ans, la ligne de côte se situait jusqu’à 4,5 m au-dessus du niveau actuel sur 14 sites, indique Carlos Arce-Chamorro. La formation de ces plages coïncide avec un épisode transgressif interglaciaire connu sous le nom d’Eemien. »

La mer monte
 

Selon d’autres travaux scientifiques, le niveau de la mer a également atteint 4,5 m de plus que l’actuel au sud du Royaume-Uni, sur l’île de Jersey et en Normandie. « Dans un contexte de cycles glaciaire-interglaciaire, il est logique que la montée du niveau de la mer pendant l’interglaciaire Holocène actuel atteigne le même niveau de +4,5 m », anticipe le chercheur.

VIOLETTE VAULOUP

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