S’il est bleu, c’est un faux !

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mars 2008
© DR
Le bracelet de montre violet sous rayons ultraviolets renferme le marqueur luminescent. Les cristaux sont incorporés dès la fabrication.

Des Rennais élaborent une poudre luminescente qui s’incorpore dans les matériaux : un marquage anticontrefaçon.

« On a signé ce matin notre premier contrat », se réjouissent le 1er février les trois membres de l’équipe Matériaux inorganiques : chimie douce et réactivité(1) de l’Insa de Rennes. Depuis le mois de décembre, le laboratoire a donné naissance à une entreprise émergente.

Au départ, c’est bien un laboratoire qui a mis au point cette solution industrielle : marquer les matériaux lors de leur fabrication, pour éviter la contrefaçon. C’était l’objet des recherches de Carole Daiguebonne puis de Nicolas Kerbellec dans le cadre de sa thèse.

Recoupant leurs approches fondamentales sur les matériaux inorganiques et les préoccupations d’industriels, les chercheurs ont conçu des marqueurs luminescents qui s’incorporent au matériau dès la fabrication (bracelet de montre, papier, plâtre...).

Leur trouvaille se présente sous forme d’une poudre blanche. « Ce sont en fait des composés, formés d’un ligand organique (une molécule qui a la propriété de se lier à d’autres molécules) et de terres rares (lanthane, terbium, erbium...). Ils sont appelés “polymères de coordination”. Des rayons ultraviolets projetés sur les cristaux sont absorbés par le ligand, qui transmet alors l’énergie aux éléments accrochés à lui. Ces derniers la réémettent sous forme de lumière colorée. Selon la terre rare, la couleur varie », explique Nicolas Kerbellec.

«Cet effet est connu, c’est l’effet d’antenne », rappelle Olivier Guillou, responsable de la petite équipe de l’Insa. Le travail du laboratoire a consisté à synthétiser des composés, stables et identiques. « D’habitude, quand on associe diverses terres rares et des ligands on obtient plusieurs polymères différents. Nous avons obtenu un seul type de composé qui inclut les terres rares que l’on souhaite utiliser. » Le procédé de fabrication qui permet ce tour de passe-passe a été breveté par l’équipe.

Plâtres résistant au feu

Le composé, incorporé dans un matériau, émet, sous un rayonnement ultraviolet, une lumière caractéristique, dont seul le fabricant connaît la couleur. C’est intéressant, par exemple, pour des plâtres résistant au feu. Sécurisants pour un client, ils sont aussi onéreux. « On peut imaginer un poseur mal intentionné qui le remplace par un plâtre ordinaire. À l’œil nu, la différence n’est pas visible. Avec nos marqueurs on sait tout de suite s’il s’agit de l’original. Et, contrairement aux marquages habituels comme l’encre luminescente en surface, notre produit ne peut s’éliminer au ponçage, car il est réparti dans tout le matériau. »

Un million de possibilités

En prime, l’industriel peut changer la composition de son marqueur et donc sa couleur régulièrement pour devancer les fraudeurs qui tenteraient de le copier. Selon les chercheurs, il existe un million de possibilités.
« Nous n’avons pas la prétention de remplacer toutes les techniques de marquage qui existent, juste d’apporter une solution à certains industriels pour qui elles ne sont pas adaptées », précise Olivier Guillou.
Pour commercialiser leur solution, les chercheurs, ou plus précisément Nicolas Kerbellec, ont créé une entreprise. Pour l’instant Olnica profite encore de soutiens financiers, mais Nicolas Kerbellec espère très vite faire vivre l’entreprise de ses ventes. Et, même si « c’est toujours une grande aventure pour des chercheurs de mener un projet jusqu’à la commercialisation », Carole Daiguebonne et Olivier Guillou s’en retournent quant à eux à leur recherche fondamentale. 

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Michèle Le Goff

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