Bons plants pour pomme de terre idéale

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mars 2008
© Bretagne Plants
Les serres de Bretagne Plants abritent les plants qui donneront naissance aux nouvelles variétés de pommes de terre.

Chaque année de nouvelles variétés sont créées dans le Finistère. Celles qui arriveront sur les étals dix ans plus tard.

Rondes pour des chips, allongées pour des frites, tendres ou fermes, les pommes de terre ont des destinées différentes. Et c’est bien avant la récolte qu’est scellé ce destin, en croisant les bons plants. « Il faut tenter une combinaison des caractères favorables de deux variétés, explique Jean-Marc Abiven, responsable de la station de création variétale de Bretagne Plants, à Ploudaniel. Si l’une est résistante au mildiou et l’autre productive avec une belle présentation, on peut espérer obtenir un hybride qui réunisse ces qualités. Mais on ne sait jamais exactement ce que va donner un croisement, sinon la pomme de terre idéale existerait déjà. »
En trente ans d’existence, le groupement breton des producteurs de plants de pommes de terre, Bretagne Plants, ne l’a pas encore mise au point. Chaque année, cependant, il inscrit au catalogue français entre une et trois variétés nouvelles, issues d’un long processus de sélection.

Le choix des parents

L’histoire commence avec le choix des parents, au cours de l’hiver. « Nous retenons 200 à 250 géniteurs parmi un millier environ, précise Jean-Marc Abiven, nous isolons ensuite cinq germes par géniteur pour obtenir, dès mars, 1 000 plantes en serre. Pendant ce temps, j’établis mon plan de croisement : déterminer quels mariages peuvent donner les variétés les plus en phase avec les attentes. » Des exigences quelquefois contradictoires ! Entre des consommateurs attirés par des tubercules esthétiques à la peau claire et des industriels qui veulent qu’ils résistent aux chocs induits par la mécanisation, les variétés adaptées ne courent pas les champs. « Il existe sept types de marchés différents, ajoute Thierry Terouanne, responsable marketing chez Germicopa, l’un des quatre créateurs français de variétés, installé à Châteauneuf-du-Faou (29). Cela va des plants destinés à produire de l’amidon industriel, aux pommes de terre à chair ferme vendues sur les marchés, en passant par les plants réservés à l’export. »
À Ploudaniel, Jean-Marc Abiven opère un choix très strict. « Nous tentons 3000 croisements par an, mais nous n’en utilisons que 300, parmi les mille ayant réussi. »

La résistance aux maladies et aux parasites est l’un des critères de sélection, mais à ce stade, les tubercules ne sont pas encore formés. Seules les spéculations en fonction du potentiel des parents sont possibles.

En fin d’année, l’équipe de Ploudaniel récupère les graines sur les plants géniteurs qui ont servi aux croisements. Soixante mille petits grains mis à sécher sur des feuilles de papier buvard, qui représentent autant de variétés possibles. 

Car ce ne sont pas des clones, mais plutôt des fratries entières, au sein desquelles sont représentés les divers caractères des parents.

Jean-Marc Abiven observe le résultat des croisements : forme, morphologie et calibrage par rapport à une variété témoin.

© Céline Duguey

Deux à trois variétés tous les dix ans

« Le premier tri se fait à l’œil, selon l’allure des tubercules obtenus après semis. On passe ainsi de 60 000 à 3 000 plants en trois ans. Ensuite nous évaluons le rendement, et nous commençons des tests technologiques. Le pourcentage précis de valeur sèche, par exemple, -une pomme de terre est composée en moyenne de 80% d’eau- peut donner de bonnes indications sur l’aptitude de la pomme de terre à supporter la friture. »
Finalement, seules quelques variétés, deux ou trois en moyenne, se distinguent après dix années de sélection drastique. Les plants élus sont alors multipliés in vitro à Hanvec (29), l’autre antenne de Bretagne Plants, la première station en Europe à avoir développé ce mode de reproduction à l’échelle industrielle. « Les germes sont bouturés, placés sur un milieu de culture et toutes les cinq semaines, la plante obtenue est divisée en cinq fragments qui sont replantés et ainsi de suite, détaille Emmanuel Guillery, directeur de Bretagne Plants. En quelques mois, un unique germe permet d’obtenir des milliers de plants. » De quoi alimenter les champs des producteurs de plants et de pommes de terre de consommation. En effet, il est préférable pour eux de renouveler leurs plants régulièrement car les parasites sont nombreux : un virus ou une bactérie peuvent décimer une parcelle en trois ans ! Starlette, Europa ou Canelle, entre sélection humaine et naturelle, les pommes de terre de votre supermarché ont franchi bien des étapes avant d’arriver au bout de votre fourchette.

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Céline Duguey

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