Identifiée par ses empreintes

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mars 2008
© Céline Duguey
Une seule espèce de pommes de terre peut donner lieu à une kyrielle de variétés.

Les producteurs analysent l’ADN des pommes de terre, pour identifier les variétés... et lutter contre la fraude.

Est-ce une Charlotte, une Galante ou une Délice ? À première vue, une pomme de terre ressemble souvent à une autre. La forme et la couleur ne permettent pas toujours de distinguer chacune des quelques centaines de variétés existantes. Il faut aller chercher des indices plus loin, dans l’ADN même !

Depuis près de dix ans, la Fédération nationale des producteurs de plants de pommes de terre travaille avec Bretagne Plants et la station de recherche Inra de Ploudaniel pour mettre au point une méthode directement issue de la biotechnologie. L’ADN du féculent, comme le nôtre, est composé d’une succession de quatre molécules appelées bases. Certaines séquences de bases déterminent nos caractères, comme la couleur de nos cheveux. D’autres sont dites non codantes, et intéressent de près Sylvie Marhadour, responsable du projet. « Chez la pomme de terre, certaines parties de ces séquences non codantes, des marqueurs, sont répétées un grand nombre de fois. Nombre qui change selon la variété ! En évaluant la quantité de répétitions pour seulement cinq marqueurs précis, nous pouvons identifier avec certitude le tubercule étudié, et ce, à n’importe quel stade de son développement. »

Un travail de titan

Le nom de la variété n’est pas écrit en toutes lettres dans ses gènes, mais dans une base de données(1). Cette dernière s’enrichit au fil des années pour regrouper aujourd’hui 400 empreintes génétiques. Hors de question désormais de faire passer une pomme de terre pour une autre, les fraudes et les confusions accidentelles sont repérées en quelques jours ! Le temps pour le laboratoire d’effectuer une amplification PCR (Polymerase Chain Reaction) : une multiplication artificielle des séquences d’ADN choisies, grâce à une enzyme. L’étape est obligatoire pour réussir, non pas à compter les récurrences des marqueurs, un travail de titan, mais à peser les séquences. « Plus elles sont lourdes, plus elles contiennent de répétitions », résume Sylvie Marhadour. Elle travaille actuellement à une alternative, moins coûteuse en manipulations et donc à terme, plus rapide, où les séquences sont mesurées cette fois-ci. Aujourd’hui, quatre marqueurs suffisent à identifier 90% des variétés françaises, un cinquième intervient en cas de doute. Même si le nombre de variétés augmente chaque année, il est encore possible d’introduire de nouveaux marqueurs. Même les plus discrètes ont peu de chance de passer incognito.

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Céline DUGUEY

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