Un légume plein d’avenir

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mars 2008
© Sylvie Marhadour

Les généticiens de l’Inra croisent des espèces de pommes de terre pour créer des variétés résistantes... et belles.

La Bretagne est une terre... de pommes de terre. Côté production, elle se classe aujourd’hui derrière le Nord, la Picardie et la Champagne-Ardenne. Mais c’est une région phare, depuis les années 20, pour la création et l’amélioration de variétés. Depuis 1949, la station de recherche Inra(1), à Ploudaniel (29), fait pousser de nouvelles variétés toujours plus belles et plus résistantes.
« Nous sommes un maillon de la recherche génétique, en Europe et dans le monde, sur la pomme de terre », résume Jean-Éric Chauvin, le responsable du site. Avec leurs collègues du Rheu, près de Rennes, les 37 employés de la station (dont cinq ingénieurs) font partie de l’UMR Amélioration des plantes et biotechnologies végétales(2). Pourquoi mener des recherches ici, au milieu du bocage finistérien et pas ailleurs ? « Le climat océanique, frais, humide et très venté, garantit une moindre présence de pucerons qui sont les vecteurs des principales maladies virales ! »

Un réservoir à gènes

Les 63 hectares de Ploudaniel, surtout dédiés aux pommes de terre, contiennent un trésor génétique. « Depuis 1949, les chercheurs ont constitué une bibliothèque de gènes. Nous avons ici 6 500 clones différents ». Chaque clone est un ensemble d’individus génétiquement identiques, obtenus par différents croisements. La richesse du trésor tient aussi au fait que tout le matériel végétal est remis en culture chaque année : ce ne sont pas simplement des graines qui sont conservées, contrairement à ce qui se fait ailleurs dans le monde. Les techniciens de l’Inra plantent, suivent la culture, traquent les pucerons et les virus, récoltent, nettoient, calibrent, préparent et stockent les tubercules en frigo.
Les plants sont conservés dans les champs, sous serre ou en culture in vitro. La collection compte notamment 1 000 clones de variétés françaises, européennes ou américaines, 850 clones appartenant à 26 espèces sauvages... et des hybrides entre elles et l’espèce cultivée(3).
Car la pomme de terre que nous connaissons tous, dégustée en frites, en chips ou en purée, n’appartient qu’à une seule espèce, appelée Solanum tuberosum, venue des Andes et adaptée à nos latitudes. Elle compte plus d’un millier de variétés. Mais plus de 200 espèces cousines poussent en Amérique du Sud : non cultivées, non consommées pour la plupart, sauf sept d’entre elles, elles constituent un réservoir de gènes. Les biologistes de Ploudaniel puisent dans ces espèces des “caractères d’intérêt” pour améliorer une variété, la doter, par exemple, d’un gène de résistance à une maladie. Tout l’art consiste à récupérer, par hybridations successives, le “bon côté” des espèces sauvages... sans hériter des tares ! « Il ne faut pas introduire de caractères défavorables, explique Jean-Éric Chauvin. Une espèce sauvage peut, par exemple, être trop tardive, ou bien sa tige souterraine (le stolon) être trop longue. Et si les tubercules n’ont pas de période de dormance, cela pose un problème de stockage. »
L’Inra crée ainsi des “géniteurs améliorés” dont la descendance présente les caractères innovants. « Nous confions ce matériel aux quatre membres de l’Association de créateurs de variétés nouvelles de pommes de terre (ACVNPT), qui sont Bretagne Plants, Germicopa, Grocep et le “Comité nord”, avec qui nous sommes en convention et qui financent une partie de nos recherches. »

Résistantes aux maladies

Au final, quelles seront les qualités des futures pommes de terre ? L’objectif des généticiens de Ploudaniel est de les rendre plus résistantes aux maladies et aux bioagresseurs. Deux pathogènes majeurs sont visés : le mildiou et des vers du sol, les nématodes. Mais ce n’est pas tout. « De 1949 aux années 80, il y a eu un gros effort génétique en termes de rendement. Aujourd’hui, la présentation du tubercule évolue également. Regardez cette variété de 1935, bosselée, pas très ronde : pour la peler, il faut aller jusqu’au germe ! » Les nouvelles variétés sont lisses, belles et régulières : résistantes aux champs, elles doivent aussi attirer le regard, dans le rayon légumes du supermarché. 

Son année internationale

Une année internationale dédiée à la pomme de terre par l’Organisation des Nations unies. L’initiative peut surprendre.
Ce légume est l’un des plus consommé au monde, peut être cultivé pratiquement partout et est bon pour la santé : il mérite donc toute notre attention.
L’Organisation des Nations unies estime que la pomme de terre pourrait assurer la sécurité alimentaire des générations présentes et futures, tout en préservant les ressources. Et c’est en cela qu’elle souhaite promouvoir cette culture vivrière et révéler la kyrielle de recherches, qui visent à la développer ou à l’améliorer, menées aux quatre coins du monde et en Bretagne.

MICHÈLE LE GOFF

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Nicolas Guillas

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