L’eau, richesse insoupçonnée du sous-sol breton

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novembre 2008
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Les zones où les eaux souterraines sont le plus facilement exploitables sont représentées en bleu. Les failles géologiques apparaissent clairement, notamment celle qui traverse le sud de la région, de Quimper à Vannes.

Deux programmes de recherche du BRGM(1) ont étudié les ressources en eaux souterraines de la Bretagne. La région n’est pas à sec !

L’or bleu coule dans le sous-sol breton. Pas à flot, certes, mais en quantité non négligeable, comme le montrent les cartes produites par le BRGM de Bretagne pour le programme Silures(2) qui vient de se terminer. « Le bassin versant de l’Oust, un affluent de la Vilaine, par exemple, renferme plus de 43 millions de m3 à moins de 50 m sous terre, confie Michel Leclercq, directeur régional du BRGM. Et dans certaines zones, en période de sécheresse, plus de 80% de l’eau des rivières provient de ressources souterraines. »

22 000 forages en Bretagne

Sur les cartes colorées, apparaissent le volume d’eau souterraine présent, mais aussi des informations plus précises comme le débit du milieu fissuré utile, qui indique les zones les plus facilement exploitables.
Pour dessiner ces cartes, les hydrogéologues du BRGM ont passé six années (de 2002 à 2008) à recueillir des données et à les interpréter.
« Nous avons travaillé à partir de plusieurs types de données. Par exemple, nous avons tiré parti des informations sur la position et le rendement des 12000 forages les mieux renseignés du BRGM sur les 22 000 qui existent en Bretagne. La plupart ont été percés par des particuliers ou des exploitants. »
L’équipe a également exploité des données aéroportées enregistrées en 1998. « Des Canadiens avaient, à notre demande, quadrillé la Bretagne depuis le ciel, avec, à bord de leur avion, des appareils pour mesurer le magnétisme de roches. Cela nous a permis d’identifier les fissures et les failles omniprésentes dans le sous-sol. »
En complément, des techniciens sont allés sur le terrain à différentes périodes de l’année mesurer le débit des rivières, pour estimer la contribution des eaux souterraines.
Jusqu’aux années 70, il était unanimement admis que le sous-sol breton était une dalle en granit, dans laquelle il n’y avait pas d’eau, sauf peut-être dans quelques réservoirs naturels formés par les grandes failles en profondeur.

À Saint-Brice-en-Coglès, les forages du programme Rapsodi ont réservé des surprises. Le débit était tellement important qu’il a fallu stopper les machines à 216 m de profondeur, soit 84 m plus haut que l’objectif initial !
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Un sous-sol fissuré

« Avec Silures, nous confirmons un autre schéma du sous-sol que nous avions proposé dès 1998. Il comporte trois parties. À la surface, l’altérite. C’est le granit décomposé. Sa forme “extrême”, c’est le sable. En dessous, entre 30 et 100 m de profondeur, une zone fissurée. C’est une roche compacte mais parsemée de fissures dans tous les sens, dans lesquelles l’eau circule. Elle constitue une transition vers la zone fracturée située à plusieurs dizaines voire centaines de mètres plus bas. C’est à ces profondeurs que se trouvent les failles, soit autant de réservoirs d’eau potentiels. »
Attention, les réserves mises au jour par le programme Silures ne permettront jamais d’alimenter la Bretagne, prévient Michel Leclercq avant d’ajouter que la plupart de ces ressources sont difficilement accessibles. Il est pourtant primordial de les protéger, car les aquifères, notamment, sont hypersensibles à la pollution. « Les nitrates sont stockés dans les eaux intermédiaires et dans les eaux profondes pendant des années. Même s’ils ne sont plus utilisés en surface, nous les retrouverons encore longtemps dans les rivières où se déversent ces eaux souterraines. » Ces résultats pourront servir aux élus et acteurs de l’eau pour les aider à mieux protéger ces ressources naturelles.

Des geysers en Bretagne !

Le programme Silures a donné aux scientifiques du BRGM l’envie de creuser encore plus loin. Dans un second projet nommé Rapsodi(3), ils se sont intéressés aux ressources jusqu’à 300 m de profondeur. Et ils ont fait surgir des geysers en Bretagne ! « Sur l’un des six sites sélectionnés pour l’étude, nous avons dû stopper le forage à 216 m de profondeur. La quantité d’eau était trop importante et l’air comprimé envoyé par la foreuse ne parvenait plus à la chasser. » Une preuve supplémentaire de la présence d’eaux souterraines. Rapsodi tend surtout à montrer l’efficacité des données recueillies dans le cadre de Silures pour repérer les aquifères. « Cinq des six forages ont donné de l’eau. » De l’eau de très bonne qualité, avec moins de 5mg/l de nitrate ! Les sourciers peuvent ranger leur bâton...

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Céline DUGUEY

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