Des machines à broyer du vert

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mai 2010
Concentrés et séchés, ces jus de légumes donneront une poudre riche en principes actifs intéressants en diététique, cosmétologie ou agroalimentaire.
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À Saint-Pol-de-Léon, Olivier Moal va traiter les déchets de légumes pour en tirer des molécules à haute valeur ajoutée.

Les producteurs de légumes de Saint-Pol-de-Léon y croient. La preuve : leur groupement, la Sica, a investi début avril dans 90% du capital d’Agrival. Le pôle de compétitivité Valorial(1) a labellisé le projet également soutenu par Oséo. Le directeur, Olivier Moal, ne peut que sourire, convaincu de la pertinence de la valorisation des coproduits et surtout de la faisabilité de l’extraction de molécules d’intérêt.

Inventer des machines

Il travaille depuis maintenant deux années sur l’optimisation de sa ligne de production. Aujourd’hui, il la finalise, précise le protocole et peaufine les machines. Car il n’existe pas d’équipement dédié à cette filière innovante. Il a fallu adapter des technologies utilisées notamment pour la valorisation des viandes ou des algues. « Nous avons réorienté certaines machines, souligne Olivier Moal, comme ce décanteur centrifuge, utilisé généralement pour le traitement des eaux usées ; ou ces résines échangeuses d’ions que nous avons entièrement fabriquées nous-mêmes », précise-t-il en désignant de longues colonnes bleues et blanches.

Des tonnes de produits

Les grandes étapes de fabrication ont été définies par un chimiste au lancement du projet. En premier lieu, il s’agit de trier et de laver la matière première : légumes invendus, feuillage, écarts de tris. Pour les artichauts, cela représenterait 6000 à 8000 tonnes par an et, pour

© Phovoir

les choux-fleurs, 6000 tonnes de coproduits potentiellement disponibles pour Agrival. Le procédé se veut polyvalent, ce qui est d’autant plus intéressant que la Sica cultive 26 légumes différents. Une fois lavés, les végétaux sont broyés avec de l’eau pour former “une soupe” qui macère ensuite dans ce qui ressemble à une grosse cocotte-minute. Une centrifugation sépare les phases liquide (jus) et solide (pulpe). Gorgée d’eau, cette dernière est éliminée car sa valorisation en paillage ou emballage reste, à ce jour, coûteuse en énergie.

Le jus est concentré ou purifié selon le composé souhaité. Une filtration permet de séparer les protéines des actifs, par exemple. Ou il peut traverser des résines échangeuses d’ions qui captent des particules telles que les polyphénols des artichauts. Ne reste alors qu’à concentrer et sécher ces jus pour obtenir une poudre végétale aux propriétés intéressantes pour la diététique (principes actifs aux teneurs plus importantes que dans le légume lui-même), la cosmétologie voire l’agroalimentaire (aliments “effet santé”).

Selon Olivier Moal, la ligne de production devrait être opérationnelle à la fin de 2010. Encore expérimentaux, les petits flacons de poudre maison pourraient bientôt avoir une destinée aussi prometteuse que la “cure détox” ou les gélules qui “réveillent le teint et défatiguent les traits” qu’ils côtoient sur les étagères du directeur.

 

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Michèle Le Goff

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