Des matériaux issus du terroir

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mai 2010
Trop petites pour être tissées, les fibres de la paille du lin oléagineux peuvent être incorporées à des plastiques.
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Près de Rennes, deux entreprises se lancent dans la fabrication de matériaux en bois et fibres de lin du terroir !

Avez-vous remarqué que les barquettes aluminium de vos plats congelés ont disparu au profit de barquettes en plastique ou en carton ? Développement durable oblige ! Incinérables et biodégradables, elles semblent s’être adaptées au souci écologique des consommateurs et des industriels. Enfin presque ! Les barquettes plastiques sont en polypro et polyester et celles en carton recouvertes d’un film polyester.

Une barquette 100% papier

Basée à La Guerche-de-Bretagne, la société GH Diffusion cherche une solution alternative avec des produits de proximité. En effet, les filières papetières actuelles utilisent du bois scandinave ou américain dont les fibres longues permettent de donner la forme souhaitée au carton sans les déchirer. Hervé Pelhate, son directeur, pose comme exigence celle d’utiliser de la pâte de cellulose issue de bois français. « Les fibres plus courtes donnent moins de résistance, il a fallu trouver un autre process pour avoir les mêmes caractéristiques techniques et alimentaires. » Il arrive à ses fins en superposant plusieurs papiers fins. Certains comportent des cannelures de 1,5mm ou 0,5mm d’épaisseur, orientées de façon différente à chaque couche. Le papier de finition est sulfurisé ou paraffiné. La déformation est faite sous vapeur d’eau pour éviter des déchirures. Et la barquette finale 100% papier pèse deux fois moins qu’une barquette traditionnelle. Le pari est gagné. De telles barquettes ont été commandées pour la restauration rapide des 24 Heures du Mans cette année.

Du lin sur toute la ligne

Quelques dizaines de kilomètres plus loin, la société Valorex a la même préoccupation : optimiser les ressources agricoles locales et proposer des matériaux de qualité. En collaboration avec l’association Lin et Tradition, elle accompagne la réimplantation du lin oléagineux. Sa culture en rotation tous les 5 à 7 ans évite de fragiliser les sols et limite les entrants (engrais, pesticides...). Et surtout la graine de lin et les précieux Oméga-3 qu’elle contient peuvent servir de base à l’alimentation de bovins. La viande et le lait qui en sont issus couvrent les besoins recommandés pour l’homme en Oméga-3(1). De surcroît, les animaux ainsi nourris voient leur émission de méthane diminuer. Animaux, terre et humains en sortent gagnants.

Dans les joints de voiture

La culture du lin peut-elle avoir encore d’autres avantages dans cette démarche de développement durable ? L’équipe de Valorex en a l’intuition. La semence a été sélectionnée pour son rendement en Oméga-3. Graines généreuses et tiges courtes en sont les conséquences. À la récolte, ce lin est battu avec une moissonneuse-batteuse et la paille laissée dans les champs. Ses fibres, plus petites que celles de son cousin, le lin textile, ne peuvent être tissées. « Mais incorporées à des plastiques, elles leur conféreraient les propriétés de résistance du lin tout en donnant une couleur verte recherchée pour ces matériaux », estime Guillaume Chesneau, le directeur technique. Avec des laboratoires universitaires, des filières intéressées, plasturgie, automobile et emballage, il étudie la faisabilité et les voies de réalisation industrielle. Extraire la fibre de sa tige, l’incorporer aux plastiques, trouver le bon dosage, s’assurer des propriétés mécaniques, chacune de ces étapes valide l’intuition. De tels matériaux pourraient être utilisés dans les joints de voiture. « Il ne manque plus que la mise en place des marchés pour valoriser davantage cette plante à l’hectare, et augmenter la marge brute de l’agriculteur », ajoute Stéphane Deleau, le directeur. Il y aurait donc d’autres gagnants : les agriculteurs. Et tout cela pour un meilleur équilibre du terroir.

Valorex et GH Diffusion ont été récompensées en février dernier, par les trophées Crisalide écoactivités, organisés par Créativ et la CCI Rennes Bretagne, et labellisés Éco-Origin. Elles ont respectivement reçu le prix spécial du jury et le prix de la catégorie Éco-technologies.

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Claire de Wailly

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