Histoire d’un petit pépin

276
mai 2010
Propriétaire de Le Coq-Gadby, Véronique Brégeon a créé toute une filière : de la transformation de la matière première, jusqu’à la commercialisation des produits.
© Nathalie Blanc

À Rennes, les pépins de pomme ont réussi leur mutation : passer du statut de déchet à celui de produit de beauté.

La pomme est un fruit riche en symboles. Et aussi en molécules actives dont les effets sont connus depuis le Moyen Âge, mais très peu exploités de nos jours. C’est ce qu’a découvert Véronique Brégeon, propriétaire de Le Coq-Gadby, l’hôtel restaurant spa de Rennes, après avoir effleuré une poignée de pépins de pomme à cidre, en 2005. « Nous les avons passés dans un moulin à café pour offrir un gommage multisensoriel dans le spa de l’hôtel », explique-t-elle. L’histoire commence doucement, car développer une marque de cosmétiques n’était pas, à l’époque, sa priorité. Mais elle s’accélère en 2006 : « Quand je suis allée au salon des ingrédients à Paris, j’ai pu constater qu’on pouvait aussi tirer de l’huile de ces pépins, mais, surtout, qu’il n’existait aucune valorisation de ces produits dans le domaine des cosmétiques. »

Une renommée basée sur l’authenticité

Inspirée par l’aventure de la marque de produits cosmétiques Caudalie, à base de pépins de raisin, confortée par les analyses faites par des étudiants de l’Agrocampus de Rennes et aussi animée par l’idée de mener son projet en adéquation avec ses convictions, dans une démarche de développement durable, Véronique Brégeon décide de se lancer. « Je cherchais à garder pour le spa le même esprit que celui qui a fait la renommée de notre maison centenaire : l’authenticité, l’ancrage sur le territoire… Chose que je ne retrouvais pas quand de grandes marques de cosmétiques venaient me démarcher pour me faire acheter des sommes énormes de produits à base de chocolat ou d’ylang-ylang... Cela ne me parlait pas. »

Elle fait donc affaire avec une société - normande - qui produit l’huile, les pépins, sépare les pépins des amandes. Grâce au centre de transfert de technologies rennais CBB Développement (lire p.14), elle se rapproche de la société Océalys, à Brest, qui réalise la formulation de ses produits(1) (une huile, un baume, un gommage) développés dans plusieurs gammes (pour le spa, antiâge, amincissante), et certifiés Écocert depuis août 2007. Une attention particulière a aussi été portée aux emballages et flacons conçus avec des matériaux respectueux de l’environnement.

Les bienfaits de ses produits, elle les observe tous les jours : les esthéticiennes du spa ont, par exemple, vu un effet immédiat sur leurs mains, nourries à l’huile de pomme, sans comparaison avec l’effet asséchant dû à l’utilisation récurrente des huiles essentielles.

Plein d’actions et une odeur d’amande

« Nous avons aussi de sérieuses raisons de penser que les actifs de pomme seraient une bonne piste pour le traitement de l’eczéma. » Des résultats qui dénotent dans le monde standardisé de la cosmétologie où les crèmes sont blanches et inodores. Le baume de Véronique Brégeon rappelle la compote de pomme et dégage une odeur d’amande qui reste sur la peau, « tout à fait dans l’esprit du spa, où tous les sens sont sollicités. » La propriétaire de Le Coq-Gadby a réussi son pari : elle est en adéquation avec l’éthique de son établissement : « Je ne me suis jamais sentie aussi bretonne depuis que je travaille avec la pomme » et fabrique localement un produit régional à haute valeur ajoutée, sans puiser déraisonnablement dans la nature.

Si aujourd’hui elle doit faire face aux difficultés de son fournisseur de matières premières, filiale d’un grand groupe agroalimentaire, elle espère conserver le savoir-faire dans la région pour continuer à faire fleurir les produits de la pomme à cidre, qui ont déjà séduit un hôtel de luxe parisien.

Tabs

Nathalie Blanc

Ajouter un commentaire

LE DOSSIER