Locale, verte et de pointe

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mai 2010
Produire l’électricité tout près de l’endroit où elle va être consommée permettrait de limiter les pertes en lignes dues à l’acheminement.
© PhotoAlto - Milena Boniek

Un ingénieur rennais imagine un circuit inédit de production et de distribution d’énergie verte. Avec les agriculteurs.

Produire localement de l’énergie verte en période de pointe. Impossible clameront certains ! C’est pourtant l’objectif que se sont fixé Thierry Le Bihan et son associé Sébastien Tertrais en créant Kereneo (du breton Ker qui veut dire village et neo pour “new energy option”), en janvier 2010. Sensible aux questions de développement durable, l’ancien ingénieur télécom a bien étudié la question.

Le stockage est possible

« On reproche souvent aux énergies renouvelables de ne pas être stockables parce que l’on s’arrête à l’éolien et au photovoltaïque. Mais c’est à la source de l’énergie qu’il faut s’intéresser. Il est tout à fait possible de stocker du gaz sous une bâche et de l’eau dans une retenue », explique-t-il après avoir visité des installations qui fonctionnent : une unité de méthanisation en Allemagne, une serre chauffée par cogénération de chaleur et d’électricité aux Pays-Bas et des moulins à eau en Suisse. « Si j’ai retenu ces trois modes de production, c’est aussi parce que leur installation ou leur rénovation est envisageable dans l’ouest de la France, qui est riche en cours d’eau et qui accueille des sites de production agroalimentaire. »

Mise en réseau des sites de production

L’idée consiste ensuite à fédérer des sites de production d’énergie et de pouvoir les commander à distance, grâce à des moyens de communication intelligents. « Une fois que les installations sont équipées de capteurs et reliées par Internet, il est facile de savoir où se trouve le plus gros stock de gaz ou de solliciter la retenue d’eau la plus proche pour produire aux périodes de pointe. » Pourquoi en pointe ? Parce que ce sont les moments (le matin et le soir) où la France est déficitaire en électricité, qu’elle achète alors très cher à ses voisins. « Et cela ne sert à rien de produire encore plus d’énergie, même verte, en pleine journée, quand on en a déjà de trop. »

Si Thierry Le Bihan se tourne vers les agriculteurs, c’est parce que ce sont les premiers concernés en termes du nombre de sites de production. Mais pas en termes de puissance. Sur ce point, les collectivités locales ont plus de potentiel : les déchets issus de la restauration collective peuvent alimenter des méthaniseurs de plusieurs mégawatts, contre seulement quelques centaines de kilowatts chez les agriculteurs.

7 000 sites d’ici 2020

Pour commencer, Kereneo compte se concentrer sur deux territoires : le Pays de Saint-Brieuc et Rennes Métropole. Son objectif : produire entre 50 et 70 MW en puissance de pointe d’ici 4 à 5 ans. Soit entre 4000 et 7000 sites d’ici 2020 ! Sachant qu’il n’y a pour l’instant qu’un méthaniseur et trois stations hydrauliques en action... Mais le moteur qui anime Thierry Le Bihan c’est d’agir en local. Acheter son électricité près de chez soi, au même endroit que ses tomates. C’est ça l’avenir !

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Nathalie Blanc

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