Plein de filières à créer

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mai 2010
L’enveloppe des céréales, le son, est riche en rutine, une molécule capable de stimuler la circulation du sang.
© Phovoir

Les molécules issues de végétaux et valorisables ont été recensées en Bretagne. Pour développer des filières locales.

Il nous est recommandé d’en consommer au moins cinq par jour pour rester en forme. En plus de ces bienfaits pour notre santé, les fruits et les légumes ont d’autres atouts, moins connus. Notamment la partie de la production qui termine à la poubelle, comme les écarts de tris (produits au calibre non conforme), ou les coproduits de récolte et de transformation : pieds, feuilles ou tiges.

Respectivement chargé de projets chez BBV(1) et CBB Développement(2), deux centres de transfert de technologies bretons, Christophe Bazinet et Patrice Morel ont sillonné les sites de production de la région : blé, orge, sarrasin, côté céréales, artichauts, choux-fleurs, tomates... pour les légumes, et aussi quelques fruits, dont la pomme par exemple. Leur objectif : établir un inventaire des sources potentielles de coproduits végétaux valorisables (étude Évaloveg).

Pas valorisées en Bretagne

« Tout n’est pas bon à recycler, avoue Patrice Morel, une partie de la matière organique doit rester au champ et effectuer son rôle d’enrichissement du sol. » Mais certains coproduits végétaux contiennent des molécules qui peuvent être promises à un bel avenir ou du moins être utiles : les polyphénols issus de l’artichaut ont des propriétés antioxydantes qui intéressent le domaine des cosmétiques ; dans le domaine de la santé, les composés soufrés des crucifères et le lycopène de la tomate ont des propriétés anticancéreuses ; et la rutine issue du son(3) des céréales est connue pour stimuler la circulation du sang dans les veines. Ces molécules sont déjà sur le marché – sous formes naturelles ou chimiques – mais elles ne sont pas valorisées en Bretagne. Après en avoir fait la liste (deuxième phase de l’étude), Patrice Morel s’est attaqué à la troisième partie : l’identification des moyens d’extraction, de transformation et de purification nécessaires et déjà présents dans la région.

Le petit pois et le sarrasin

Présentée début 2009, dans le cadre d’un projet du pôle de compétitivité Valorial, l’étude se poursuit. Rebaptisée Phytoprod, elle fait aujourd’hui partie d’un des projets fédérateurs de Capbiotek, un programme régional mobilisateur visant à développer les biotechnologies en Bretagne. « Il y a du potentiel, le tout est maintenant de structurer la filière. Et pour ne pas nous éparpiller, nous avons décidé, avec Christophe Bazinet, de nous concentrer sur deux ou trois couples matières premières/molécules. » Les cosses de petits pois, dont les protéines peuvent être utilisées pour l’alimentation animale, et le son de sarrasin, riche en rutine, ont été choisis. Pour développer ces premières filières entièrement “made in Breizh” ! Un peu à l’image de la pomme (lire p.12-13).

L’adéquation entre le produit et ses débouchés

Des déchets de pomme, c’est aujourd’hui la pectine qui est la molécule la plus exploitée. Extraite du marc, elle est valorisée en masse pour fabriquer des gélifiants bien connus des amateurs de confitures. Le marc contient aussi de la phloridzine, un polyphénol connu pour bloquer l’absorption de glucose et déjà utilisé dans les compléments alimentaires pour lutter contre le diabète et la prise de poids. En 2005, la coopérative cidricole Les Celliers associés, basée à Pleudien-sur-Rance veut se démarquer en séparant les pépins du marc, pour en extraire de la phloridzine pure. Le procédé est aujourd’hui breveté. « Et il est relativement simple, explique Patrice Morel, chargé de projets chez CBB Développement, qui a suivi les essais. Car l’enveloppe du pépin ne contient que ce polyphénol et rien d’autre. Il est donc inutile d’avoir recours à des procédés de purification complexes et coûteux comme la chromatographie. » Autre avantage : le degré de pureté permet de viser des applications dans le domaine des cosmétiques. Une étape que n’ont pas encore réussi à franchir Les Celliers associés, toujours à la recherche d’acheteurs pour leurs pépins.

Renseignements : 
Patrice Morel Tél. 02 99 38 33 30 patrice.morel@cbb-developpement.com Jean-François Lorée Tél. 02 96 83 20 02 jf.loree@valderance.com

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Nathalie Blanc

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