Un robot qui materne les jeunes cailles

294
janvier 2012
Grâce à ce robot, le chercheur peut contrôler les paramètres d'expérimentation comme les déplacements ou les piaillements.
© Emmanuel de Margerie

Un Rennais a conçu un robot pour remplacer les mamans cailles et comprendre le rôle du maternage.

Une structure en Plexiglas, mais pas de plumes. Deux roues et des circuits apparents, mais point de bec. Le robot conçu par Emmanuel de Margerie, éthologue au CNRS, ne cultive pas vraiment la ressemblance avec un oiseau. Il fait pourtant office de maman-caille dans les expériences menées par ce jeune scientifique pour mieux comprendre l’influence de la mère sur ses petits pendant les premiers jours de leur vie. « Notre équipe(1) se consacre depuis plusieurs années à ce sujet. Elle a déjà montré que, pendant les onze jours de maternage qui suivent la naissance, la mère transmet par son comportement beaucoup de traits de caractère : les préférences alimentaires, la sociabilité, l’émotivité... » Dans toutes ces recherches, les scientifiques ont pris soin de confier les petits à des mères d’adoption, afin d’exclure les caractères acquis génétiquement.

Il chauffe et il roule

Pendant un maternage “naturel” la maman bouge, réchauffe ses petits, les aide à s’alimenter, les appelle. « Nous voulons saisir le rôle de chacun de ces paramètres dans la transmission. Malheureusement, on ne peut pas imposer à un oiseau de ne pas piailler, ou de rester complètement immobile ! » Dans l’arène d’expérimentation, un grand box d’1,20m sur 1,80m, Emmanuel de Margerie a donc introduit son prototype, où chaque paramètre est contrôlé. « C’est un modèle simple. Pour mes premières expériences, il pouvait réchauffer les cailleteaux, ce qui est indispensable pour leur survie, et alterner déplacements et repos, comme le fait l’animal, grâce à un programme embarqué. » Dans six groupes de quatre cailleteaux élevés dans des conditions identiques, l’éthologue a placé son robot une heure par jour, en version mobile pour trois groupes, statique pour les autres. Ses premiers résultats lui ont valu une publication dans une revue scientifique(2).

Des petits plus débrouillards

« Les petits n’ont pas eu peur, remarque l’éthologue, chez les oiseaux nidifuges, comme la caille, ils peuvent s’attacher à tout objet présent dans leurs premiers jours. Progressivement, ils ont été se réchauffer sous le robot, explique le chercheur, et petit à petit, ils acceptaient de le suivre. » Après dix jours, les oisillons ont passé des tests de repérage dans l’espace. « Placés seuls dans l’arène, les oisillons qui avaient l’habitude de suivre le robot mobile se déplaçaient beaucoup plus que leurs congénères des autres groupes, et lançaient des cris d’appels : ils paraissaient plus aptes à rechercher leurs semblables dans l’espace. » Un second test est venu confirmer l’hypothèse. « Lorsqu’ils devaient contourner un obstacle pour rejoindre les autres, les petits qui avaient suivi le robot pendant leur maternage étaient plus efficaces que les autres. Suivre leur mère semble donc développer leurs capacités spatiales. »

Des robots dans les labos

Aujourd’hui, la maman-robot s’est enrichie d’un dispositif audio pour tester l’influence des cris d’appels. « L’objectif, désormais, c’est de construire plusieurs robots, pour pouvoir les laisser en permanence avec les cailleteaux et tester d’autres paramètres. » Ces expériences appellent aussi au développement de l’éthorobotique, qui commence à poindre dans les laboratoires de recherche.

 

CÉLINE DUGUEY

 

Tabs

Ajouter un commentaire

L'ACTUALITÉ