Une plante antibactérienne

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janvier 2012
Morinda morindoides
© Jean-Luc Aboya Moroh

À Quimper, un jeune biochimiste cherche les antibiotiques de demain dans une plante venue de Côte d’Ivoire.

« Les antibiotiques, c’est pas automatique. » Ce slogan n’a pas pu vous échapper. Il est diffusé sur toutes les ondes, radios et télés depuis près d’une dizaine d’années. Avec cette campagne d’information, l’assurance maladie a voulu freiner la surconsommation de ces médicaments, qui, en plus de coûter cher, les rend inefficaces. Car les bactéries apprennent à les connaître, et développent des résistances. Pour contourner ces barrières, des chercheurs travaillent sur un autre terrain : découvrir de nouvelles molécules.

À Quimper, dans le laboratoire de biodiversité et d’écologie microbienne de l’Université de Bretagne Occidentale, le biochimiste Jean-Luc Moroh dissèque feuilles et racines. La plante passée au scalpel s’appelle Morinda morindoides et arrive de Côte d’Ivoire. « On la trouve à la lisière de la forêt équatoriale, elle est présente dans toute l’Afrique de l’Ouest, elle y est même considérée comme une mauvaise herbe ! » Si elle intéresse le biochimiste, c’est qu’elle est utilisée en médecine traditionnelle. « Je travaille en partenariat avec un laboratoire de l’université Cocody Abidjan, qui a mené une enquête pour recenser les plantes utilisées en Côte d’Ivoire. Morinda morindoides nous a intéressés car elle est utilisée contre les diarrhées, notamment celles provoquées par certaines bactéries Escherichia Coli, qui causent de nombreuses infections depuis une vingtaine d’années. » Les premières expériences bretonnes ont permis d’avérer la présence de substances antibactériennes dans cette plante.

Après de multiples manipulations, les chercheurs ont réussi à les isoler. « Nous avons d’abord fait un premier tri, pour remarquer que la plus forte concentration du principe actif se trouvait dans les racines. Puis, étape par étape, nous avons purifié nos extraits, pour ne garder que cinq molécules d’intérêt. » Pour entamer sa troisième année de thèse, Jean-Luc Moroh s’attache à caractériser l’une d’entre elles. « Le rendement d’extraction est très faible, donc nous concentrons nos efforts sur la molécule la plus prometteuse. » Il lui faudra déterminer deux valeurs primordiales : la concentration minimale qui inhibe l’action des microbes, et celle à partir de laquelle 99,99% des bactéries sont tuées. « Nous allons également regarder de près son éventuelle toxicité pour certaines cellules. » Alors seulement, la molécule pourra prétendre à un avenir pharmaceutique. « Elle pourrait servir de base à de nouveaux antibiotiques. Car ceux mis sur le marché aujourd’hui ne sont souvent que des transformations de ceux qui existent déjà. Or dans ce cas, les résistances se développent plus rapidement. »

En attendant de convaincre les grands groupes pharmaceutiques, le biochimiste a déjà séduit, car sa présentation a gagné le prix jury du meilleur poster lors de la 13e édition des Doctoriales® Bretagne, rassemblement des doctorants bretons, qui se tenait du 5 au 9 décembre dernier, à Landerneau.

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