Les modes d’élevage en question

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novembre 2013
Les poches qui renferment les huîtres doivent être débarrassées des algues qui finissent par boucher les trous. Elles sont ensuite reposées sur les tables, comme ici à Cancale...
© Jacques Le Meur

Température, courants, transport... les chercheurs étudient les liens entre les mortalités, et les modes de production.

Dans son rapport d’étape présenté en septembre dernier, Fabrice Pernet, chercheur à l’Ifremer de Brest, a apporté des précisions chiffrées concernant les pratiques d’élevage des huîtres. Il est coordonnateur du programme Gigassat, conduit par plusieurs laboratoires (Ifremer, universités, CNRS). « Avec le virus OsHV-1, les mortalités surviennent entre 16 et 24 °C, tandis que le Vibrio aestuarianus frappe entre 10 et 35 °C. En fait, la température est seulement le facteur de déclenchement. Elle réveille l’herpès-virus mais n’influe pas directement sur l’ampleur du phénomène. » Les chercheurs ont mis au point une méthode simple de détection de l’herpès-virus qui consiste à immerger des lots d’huîtres en milieu contrôlé : pendant 21 jours à 21°C et à mesurer le taux de contamination des échantillons. « Nous avons, par exemple, trouvé quinze lots porteurs sur vingt-huit d’origine sauvage, et un seul porteur sur vingt-huit, dans des lots originaires d’écloserie. »

L’importance du courant

L’effet de l’environnement a aussi été étudié. « Les courants transportent les agents infectieux, la dilution étant plus ou moins importante selon la vitesse. La survie des huîtres initialement saines est meilleure lorsque la vitesse du courant augmente. » Dans de telles conditions, les mortalités peuvent fortement varier sur des lots apparemment proches.

Sur l’étang de Thau, une expérience a permis de comparer les techniques d’élevage : un taux de survie de 13 % a été observé sur les huîtres élevées en panier, une technique qui limite l’écoulement de l’eau, contre 66 % pour des huîtres collées sur des cordes, qui sont davantage exposées aux courants.


... ou préparées pour la remise à l'eau,
comme ici à Sarzeau, dans le golfe du Morbihan.
© Jacques LE MEUR

Une huître parcourt 3 000 km

En complément des travaux de sélection en cours, Fabrice Pernet rappelle la nécessité d’une prise en compte des pratiques d’élevage. « Avant sa commercialisation, une huître parcourt en moyenne 3 000 km, ce qui favorise la transmission des maladies. Ces nombreux trajets d’une région à l’autre sont-ils toujours d’actualité dans le contexte actuel ? » Les équipes étudient aussi des stratégies variées, portant sur le chargement des poches ostréicoles, les densités d’élevage, le mélange d’espèces ou encore une organisation des parcs en secteurs. Pour les chercheurs, c’est sûr, il existe encore des marges d’action pour réduire l’effet des maladies.

Baie de Quiberon : des mortalités spécifiques

La baie de Quiberon est un site singulier où les huîtres sont élevées sur le sol en eau profonde, c’est-à-dire toujours immergées. Sur 2500 ha, la production se situait entre 10 et 15000 t, soit près de 10 % de la production nationale, réalisée par quatre-vingts entreprises. Aujourd’hui, à peine dix entreprises y produisent moins de 3000 t.

Au cours des années 2000, le secteur a en effet été ravagé par la prédation des étoiles de mer et surtout des dorades. Le programme Predador de lutte contre les dorades va se traduire par la mise en place progressive de barrières physiques et de dispositifs de répulsion acoustique qui seront testés à la fin de 2013.

La baie a aussi subi des mortalités particulières, étudiées dans le programme Risco qui associe l’Ifremer et le CRC de Bretagne Sud. Les mortalités étaient les plus fortes dans les secteurs les plus profonds et les plus envasés. Selon les premières analyses, des facteurs climatiques particuliers auraient pu provoquer une hypoxie, c’est-à-dire un déficit en oxygène.

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Jacques LE MEUR

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