Les sélections des écloseries

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novembre 2013
© Jacques Le Meur

En sélectionnant les naissains pour leur résistance au virus, les écloseries maîtrisent la surmortalité des huîtres.

Le métier d’écloseur consiste à produire massivement des naissains, huîtres âgées de 20 jours à quatre semaines, à destination des professionnels. Ces naissains sont sélectionnés sur des critères de productivité et de croissance. Avec la survenue des surmortalités, de nouvelles exigences doivent être prises en compte lors de la sélection. Pour y répondre, quatre entreprises, Sodabo, Vendée Naissain, France Turbot et Satmar, ont créé en 2009 la Sélection française conchylicole (SFC) dont le siège est sur l’île de Noirmoutier. De son côté, également en 2009, Grainocéan a lancé son propre plan à travers sa nouvelle filiale, Genocéan.

Des initiatives privées

« Nos objectifs sont différents de ceux du programme Score car notre initiative est privée, explique Stéphane Angeri, président de la SFC. Nos sélections doivent nous permettre de commercialiser des huîtres diploïdes et triploïdes résistantes. De 2010 à 2011, nous avons formé 400 familles dont le niveau de résistance était disparate. Il fallait en créer beaucoup pour obtenir chez les résistantes un maximum de diversité génétique.»

Une famille est composée d’un père et d’une mère bien identifiés, dont la descendance est suivie par des méthodes rigoureuses de traçabilité. « À la deuxième génération, on croise les enfants les plus résistants et ainsi de suite pour les générations suivantes. Aujourd’hui, nous en sommes à la deuxième génération. Nous avons des signes encourageants mais il est encore trop tôt pour tirer de véritables conclusions. » Les actionnaires de la SFC conduisent parallèlement des sélections dans leurs entreprises respectives.

À La Rochelle, Genocéan conduit une démarche similaire. « Nous disposions d’une grande base génétique de départ et donc d’une diversité maximale, explique Éric Marissal, patron de Grainocéan. Nous avons constitué des familles, puis nous avons sélectionné les meilleures pour passer à la génération suivante. En partant d’un taux initial de survie de 1 %, nous sommes parvenus à 10 % à la première génération, 30 % à la deuxième, 60 % à la troisième. Nous n’avons pas encore les résultats de la quatrième génération. »

Pourtant, Stéphane Angeri constate un recours croissant des ostréiculteurs aux méthodes traditionnelles, c’est-à-dire au captage, sans recours aux écloseurs. « Des éleveurs se ruent pour acheter des concessions de captage. Mais c’est un cercle vicieux : en captant davantage, on peut retomber sur des huîtres porteuses du virus et élargir les foyers infectieux... » Pour les écloseurs, la sélection en laboratoire couplée à des vérifications expérimentales en mer paraît la voie d’un avenir maîtrisé.

La technique au service de l’ostréiculture

Mis à contribution dans la crise actuelle, les centres techniques participent activement aux programmes de sélection des huîtres résistantes. Établissements publics, les cinq principales structures sont, dans l’ordre géographique, le Syndicat mixte pour l’équipement du littoral (Smel) à Saint-Lô, le Syndicat mixte pour le développement de l’aquaculture et de la pêche en Pays de la Loire (Smidap) à Nantes, le Centre régional d’expérimentation et d’application aquacole (Creaa) à Oléron, le Conseil scientifique ostréicole aquitain (CSOA) à Bordeaux, et le Centre de promotion des activités lagunaires et maritimes (Cepralmar) à Montpellier. Quatre d’entre eux (Smel, Smidap, Creaa et Cepralmar) sont associés dans un suivi interrégional. Ils assurent dans chaque région un suivi de mortalité et de croissance de lots de naissains originaires de l’estuaire de la Charente.

Il n’existe pas de tels centres en Bretagne, où des actions sont cependant conduites par l’association Cap 2000. Celle-ci s’est livrée à des essais de durcissement des huîtres en plaçant des poches sur les parties hautes de l’estran durant l’été. Là, elles se nourrissent peu, ce qui réduit leur croissance et ralentit leur métabolisme. Cap 2000 et le cabinet Cochet Environnement mènent aussi des expériences de captage de naissains d’huîtres creuses près de l’estuaire de la Vilaine. Il s’agit d’offrir une solution locale pour éviter d’aller se fournir en Charente-Maritime, un des deux principaux centres de captage en France.

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Jacques LE MEUR

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