Ils traquent la crevette à 3500 m

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mars 2014
© Ifremer - Sylvain Vandoolaeghe

Des scientifiques explorent les écosystèmes installés sous l’Atlantique, pour leur faune et leurs minéraux.

Elle mesure deux à six centimètres mais elle est convaincante ! Pour cette crevette, baptisée Rimicaris exoculata, les scientifiques de l’Ifremer ont affronté les vagues de l’Atlantique Nord à bord du Pourquoi pas ? du 10 janvier au 11 février dernier, période où la météo n’est pas toujours propice à l’exploration sous-marine. « Nous voulions comprendre son cycle de vie », explique Marie-Anne Cambon-Bonavita, chef de la mission Bicose(1). L’animal vit sur la dorsale médio-atlantique, à 3500 m de profondeur, à proximité de fumeurs, des volcans sous-marins qui fournissent la faune en minéraux et énergie. Jusqu’ici, on pensait que les femelles s’éloignaient lorsqu’elles portaient leurs œufs, car on ne les voyait jamais. « En fait, c’est parce qu’il y a une saison pour les pontes et c’est bien en février ! »

La mission débutait aussi un état des lieux de ces sites marins profonds. Ils intéressent les entrepreneurs pour les potentiels minéraux - zinc, cadmium, cuivre - qu’ils recèlent et la France pourrait déposer un permis minier dans ce périmètre. « Les zones actives, à 400 °C, sont naturellement protégées. Mais les zones fossiles, plus éloignées, pourraient un jour être exploitées. » Les deux sites concernés par Bicose, situés à quatre jours de navigation des côtes les plus proches - celles des Antilles -, n’avaient pas été visités depuis dix et vingt ans. Depuis le bateau, à l’aide du sous-marin Victor, des géologues ont prélevé des échantillons de roches et de fluides. Ils ont aussi effectué des relevés bathymétriques pour composer des cartes d’une grande précision. « Cela nous a aidés à savoir où envoyer Victor. » Des aquariums spécifiques, capables de maintenir la pression, permettaient de conserver des organismes vivants 24 à 48 heures. Les biologistes ont ainsi pu ramener et étudier des échantillons de crevettes, de crabes, de moules mais surtout de microfaune. « De nombreuses espèces vivent en symbiose avec des bactéries, précise Marie-Anne Cambon-Bonavita, notamment Rimicaris. Chez cette dernière, nous avons découvert une zone de nursery, où les jeunes sont regroupés, avec des adultes qui tournent autour. Le transfert de bactéries pourrait se faire à ce moment. Et cela révèle peut-être une organisation sociale ! » Tous ces relevés vont pouvoir être étudiés pendant plusieurs années. « Nous aurons besoin d’autres campagnes, pour suivre les larves de Rimicaris, mais aussi pour aller sur les sites fossiles que nous connaissons peu. » L’exploitation du fond de la mer n’a pas encore commencé.

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