L'usine virtuelle devient réalité

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mars 2014
© Espace des sciences
Au CFIA, les visiteurs pouvaient s'essayer à la mise sur palette de plaquettes de beurre dans un entrepôt virtuel.

La réalité virtuelle offre d’immenses possibilités pour s’affranchir des contraintes du réel. Le secteur agroalimentaire commence à en profiter.

Les visiteurs avaient de quoi être intrigués, le 11 février dernier, au Carrefour des fournisseurs de l’industrie agroalimentaire(1). En passant devant un stand baptisé l’usine agroalimentaire du futur, ils pouvaient observer un de leurs collègues, entouré d’écrans de deux mètres de haut, affublé de lunettes et de mitaines joliment décorées de petites boules blanches et très concentré à faire d’étranges mouvements... Ce dernier n’est plus au CFIA, sur un stand de six mètres carrés, mais dans un immense entrepôt, bien occupé à mettre sur palette les plaquettes de beurre qui arrivent sans discontinuer sur le tapis roulant en face de lui. Tout un univers virtuel, dans lequel il a plongé grâce aux technologies d’entreprises de l’Ouest.

Une réalité utile

La ligne de production, conçue par la morbihannaise Arbor Technologies, a été virtualisée pour l’occasion par Realyz, une jeune société lavalloise, qui a fourni le “cube” immersif. Et les ingénieurs rennais d’Artefacto se sont chargés du réalisme des graphismes. Une opération destinée à montrer aux professionnels de l’agroalimentaire que la réalité virtuelle peut leur être utile ! En dehors des salons, Arbor Technologies l’utilise pour améliorer l’ergonomie des postes de travail qu’elle conçoit. « Sur des lignes de production complexes, il est impossible de savoir, sans simulation, comment le salarié va réagir, explique Gilles Nignon, P-DG de l’entreprise, et il est impossible de les expérimenter en réel, sauf à prendre le risque de perdre du temps et de l’argent pour un projet qui n’aboutit pas. »

Un poste sur mesure

Arbor Technologies s’est rapprochée de Clarté, un centre de conseils et de recherche en réalité virtuelle, basé à Laval. « Nous avons mis au point un logiciel spécifique, précise Jean-Louis Dautin, directeur de Clarté. Le salarié prend place dans son poste de travail virtuel et l’aménage au mieux. Grâce à des capteurs, nous attribuons à chaque mouvement un certain coût, en fonction des risques : accident du travail, troubles musculo-squelettiques... » Petit à petit, le poste est amélioré jusqu’à convenir au salarié et bénéficier d’un “coût ergonomique” relativement bas. Sur le port de Lorient, ces travaux ont permis d’installer une table élévatrice adaptée pour éviter à deux opérateurs de soulever des caisses de poissons de plus de 50 kg.

Une moissonneuse à Paris

Au Salon de l’agriculture, l’installation de Realyz a permis d’implanter plusieurs hectares de champs virtuels, et surtout la moissonneuse-batteuse qui va avec ! Les visiteurs ont pu se mettre au volant de l’engin et évaluer ses performances en plein milieu de la capitale. L’idée commence donc à faire son chemin dans le secteur agroalimentaire, peut-être moins technophile que d’autres - notamment l’automobile -, de prime abord. Ainsi le groupe Lactalis devrait faire appel à ces technologies pour évaluer l’ergonomie des postes de travail de l’ensemble de ses usines au cours de l’année à venir.

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Céline Duguey

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