Le lait est-il plus vert ailleurs ?

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mars 2014
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Les vaches bretonnes pâturent moins que les irlandaises, mais plus que les hollandaises. Un compromis qui semble durable.

La gestion des élevages laitiers du nord-ouest de l’Europe a été étudiée pour identifier les pratiques durables.

Depuis plus de dix ans, les fermes d’Europe sont concernées par l’application de la Directive nitrates. Cette dernière doit permettre aux États de préserver la qualité de leur ressource en eau (et au passage de respecter les normes de la Directive-cadre sur l’eau). Mais aux Pays-Bas ou en Bretagne, les conditions ne sont pas les mêmes. « Les Pays-Bas sont l’un des seuls pays d’Europe à bénéficier d’une dérogation pour pouvoir épandre plus de 170 kg de nitrates par hectare, par exemple, explique Sylvain Foray, ingénieur à l’Institut de l’élevage du Rheu (35) et responsable du projet Dairyman, sur la durabilité des systèmes laitiers nord-européens, qui s’est terminé en septembre dernier. Les paysages, le climat influent aussi sur les choix d’élevages. » Aux Pays-Bas ou au nord de l’Allemagne, les éleveurs fauchent l’herbe et complètent la ration avec d’autres protéines. En Irlande et en Irlande du Nord, au contraire, les vaches sont toujours en pâture. « En Bretagne, comme au Luxembourg ou en Wallonie, ce sont des systèmes mixtes, mêlant du pâturage et des compléments en maïs. »

Sur la balance

Pendant trois ans, 128 fermes de dix régions d’Europe se sont prêtées au jeu de la comparaison. Les ingénieurs ont évalué les balances d’azote, de phosphore, les bilans carbone mais aussi les performances économiques de chaque élevage. « La Bretagne a révélé les balances azotées les plus faibles, poursuit l’ingénieur. Les éleveurs ont fait de réels efforts ces dernières années pour diminuer les consommations d’engrais et mieux gérer les prairies, mais comme il y a beaucoup d’exploitations et que le lessivage des sols par les pluies est très important, la quantité de nitrates en sortie est tout de même élevée, même si elle baisse. » L’Irlande utilise encore beaucoup d’intrants azotés. Même si ses prairies permanentes régulent le lessivage, le bilan environnemental doit être amélioré. Par contre, les éleveurs dégagent de bons revenus, car ils n’ont pas recours aux compléments alimentaires. « Les systèmes laitiers des Pays-Bas produisent plus de lait mais ont besoin de beaucoup de concentrés minéraux - tourteaux de soja, coproduits de l’industrie agroalimentaire - pouvant pénaliser l’environnement s’ils sont mal maîtrisés. Ils peuvent donner de très hauts revenus, comme de très bas, en fonction du climat et du contexte économique. »

Échanges de bons procédés

Loin de vouloir révéler un système idéal - qui n’existe pas -, ce projet était l’occasion de comprendre comment la gestion de l’élevage influe sur l’environnement et l’économie. « Dans toutes les régions il y avait des exploitations vraiment performantes », ajoute Sylvain Foray. Dairyman a aussi permis aux éleveurs de se rencontrer, d’échanger sur leurs pratiques. « Dans l’ouest de la France, deux fermes expérimentales, à Trévarez (29) et Derval (44) (lire encadré ci-contre) étaient incluses dans l’étude et faisaient office de lieu de rencontre. C’est là aussi que l’on a pensé les préconisations à donner aux éleveurs, sur la gestion des intrants, de la pousse de l’herbe, l’utilisation de robots de traite... » Les résultats de ces dernières sont en cours d’expertise. Un bilan de Dairyman doit être présenté à Rennes, le 1er avril prochain. Quant aux fermes pilotes, elles vont continuer de suivre les préconisations, et tenter d’atteindre un bon équilibre.

Des fermes pour expérimenter

Dans le grand Ouest, cinq stations expérimentales professionnelles laitières sont exploitées et suivies par les chambres d’agriculture de Bretagne, Normandie et Pays de la Loire : Trévarez (29), Derval (44), Les Trinottières (49), Blanche Maison (50) et La Jaillière (44). Gérées par un directeur et une équipe technique, ces fermes permettent de tester des innovations, à la demande de décideurs politiques ou d’agriculteurs, sans risques pour ces derniers. Ainsi, à Trévarez, trois systèmes cohabitent, avec chacun une cinquantaine de vaches. Le premier bénéficie de quinze ares pour le pâturage, le second de quarante ares et le troisième est en cours de conversion à l’agriculture biologique. Actuellement, les ingénieurs y testent les bénéfices d’un allongement de la durée de lactation (lire article ci-contre) ou encore l’introduction de différentes cultures comme le ray-grass ou le trèfle violet.

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Céline Duguey

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