Moins de veaux et plus de lait

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mars 2014
© Claudius Thiriet
La valeur marchande d'un veau est plus faible que celle du lait.

L’allongement de la période entre deux vêlages a été testé et quantifié dans une station expérimentale du Finistère.

Le cycle est immuable. Mais sa fréquence ne l’est peut-être pas. La génisse grandit. Puis donne naissance à son premier veau et produit alors du lait. Une fois la lactation tarie, un autre veau peut arriver et, avec lui, une nouvelle période de lactation. Ainsi de suite pendant deux à trois ans en moyenne. Ensuite, les vaches quittent le cheptel. Mais depuis quelque temps dans les élevages, on observe que les vaches laitières mettent de plus en plus de temps à avoir un nouveau veau, au point de faire mentir l’adage vérifié depuis près d’un siècle : un veau par vache et par an.

Un lait riche en protéines

Est-ce grave s’inquiètent les éleveurs ? Non, répond Valérie Brocard, de l’Institut de l’élevage, au terme d’une étude comparative conduite à la station expérimentale de Trévarez(1) (Finistère), entre 2005 et 2011, sur deux lots de vingt-quatre prim’Holstein chacun. L’objectif était de reproduire et d’amplifier cet allongement observé dans les élevages, pour quantifier ses effets sanitaires et économiques. Ainsi, pour l’un des lots, la période entre les lactations a été volontairement amenée à dix-huit mois en inséminant les vaches plus tard.

« Cet allongement de la période de lactation n’engendre pas de problèmes sanitaires pour les animaux et se révèle positif financièrement pour l’éleveur », conclut la coordinatrice du programme. Il offre même quelques avantages, comme la réduction des contraintes de suivi du cheptel par l’éleveur, en particulier en période de chaleurs. Surtout, produire du lait grâce à une lactation allongée s’avère plus intéressant économiquement que produire des veaux dont la valeur marchande est plus faible que celle du lait. De plus, même si les vaches au cycle allongé produisent en moyenne, et une fois la production ramenée à l’année, moins de lait, ce dernier contient davantage de protéines. Il est donc mieux rémunéré. L’éleveur réalise en outre des économies sur l’aliment puisqu’il a moins d’animaux (veaux, génisses) à nourrir et moins de concentrés onéreux à acheter pour les débuts de lactation.

Des plannings moins figés

L’économie attendue concernant les frais vétérinaires n’est, elle, pas conséquente. « Puisque les vêlages sont réduits du tiers, il aurait été logique d’économiser le tiers car ces frais concernent surtout les soins avant et après vêlage. Dans les faits, nous n’avons pas vraiment observé de différence », relate Valérie Brocard. Les périodes d’insémination sont moins nombreuses, mais le nombre de tentatives avant succès n’est pas réduit. Quant à la santé des vaches, il n’a pas été noté d’effet positif. « Les deux lots ont enregistré en moyenne six problèmes par vache en six ans », relève Valérie Brocard.

Par contre, l’allongement du cycle ne permet plus de faire correspondre chaque année les vêlages et donc la production laitière avec le démarrage de la pousse de l’herbe. L’allongement n’est pas non plus compatible avec un planning stable y compris de congés. Finies les vacances programmées en août lorsque les vaches sont taries ! À Trévarez, les deux lots sont toujours sur place. Valérie Brocard et Benoît Portier de la Chambre d’agriculture de Bretagne étudient le vieillissement des vaches. Que se passerait-il si elles n’étaient pas répudiées après quelques lactations pour de plus jeunes génisses ?

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Michèle Le Goff

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