L’homme à plein régime

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octobre 2014
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La recherche bretonne sur l’alimentation et la santé se structure en réponse à des problèmes de santé publique.

Après une alimentation trop riche, c’est maintenant l’inactivité physique qui présente un risque pour notre santé. Elle est pointée du doigt par The Lancet(1) dans une étude publiée en juillet 2012 et menée dans 122 pays représentant 89 % de la population mondiale. Ces comportements, surtout s’ils sont associés, entraînent “l’homme moderne” vers des pathologies cardio-vasculaires, des maladies métaboliques, comme le diabète de type 2 dont le taux de prévalence (nombre de personnes touchées par rapport à la population totale) ne cesse d’augmenter, et des cancers. Ces inquiétudes avaient déjà été relevées par le ministère de la Santé, qui avait lancé le Programme national nutrition santé (PNNS) en 2000, suivi par le Programme national pour l’alimentation (PNA).

Le plan breton sur la nutrition

Ces incitations à rapprocher les laboratoires et les industriels pour qu’ils travaillent ensemble sur la qualité nutritionnelle des produits alimentaires étaient dirigées vers les consommateurs. Elles avaient trouvé un écho en Bretagne qui avait été la seule région à décliner un plan régional (le Programme nutrition santé Bretagne - PNSB) en 2003(2). « Les actions du PNSB ont suscité des réflexions et des habitudes de travail collaboratif qui se poursuivent aujourd’hui au sein de la commission nutrition - santé du pôle de compétitivité Valorial(3) », précise Hélène Le Pocher, conseiller technologique à ID2Santé(4) et animatrice de cette commission pour Valorial. Plus près de l’hôpital et des patients, les recherches liées à la nutrition ne manquent pas non plus en Bretagne. Et des regroupements thématiques se sont opérés. Au CHRU(5) de Brest, le professeur en nutrition Jacques Delarue est à l’origine de la création, en 2012, d’une Structure fédérative de recherche (SFR) en alimentation et nutrition humaines dédiée à l’étude de l’influence des oméga-3 d’origine marine sur des pathologies liées à l’obésité. Tandis qu’à Rennes, un Groupement d’intérêt scientifique (Gis) nommé : Alimentation, nutrition, métabolisme, santé est en cours de création. « Nous souhaitons travailler en cohérence sur des problématiques de santé publique qui sont aujourd’hui traitées par des équipes de chercheurs et de praticiens dans différentes disciplines, dans différents établissements et qui ne se côtoient pas forcément », explique Bruno Clément, directeur de l’Unité Inserm 991(6) et coordonnateur du Gis. Trois axes ont été identifiés : l’épidémiologie, c’est-à-dire l’étude de la distribution et des déterminants des maladies dans la population ; la physiopathologie du foie et de l’appareil digestif, en particulier les altérations du métabolisme du fer, des lipides, de l’alcool... qui peuvent conduire au cancer ; et les comportements. « L’étude des comportements est un aspect essentiel, précise Bruno Clément. Il s’agit de comprendre ce moment-clé où la personne passe d’une consommation “normale” à une consommation déséquilibrée à l’origine de dysfonctionnements qui vont avoir un effet sur sa santé. Pour cela, nous associons des spécialistes en sciences humaines et sociales, en science du comportement (unité d’éthologie du CNRS-Université de Rennes), en neurosciences (unité de recherche Inra de Saint-Gilles), et des équipes cliniques du CHU et des établissements privés de Saint-Yves et Saint-Grégoire. »

Les premières cohortes de patients

La première réunion du comité scientifique a eu lieu à la fin d’août dernier et le premier objectif des chercheurs est de constituer, d’ici au début de 2015, des cohortes de patients pour commencer à travailler sur les différents axes de recherche. À Brest comme à Rennes, les études sont menées de façon transversale : en partant toujours de cas cliniques concrets (des patients) pour aller vers la pathologie cellulaire, en passant par des modèles animaux. Avec bien sûr pour objectif de revenir vers les malades « pour améliorer leur prise en charge de façon globale », appuie Bruno Clément. Ainsi, les équipes de recherche seront étroitement associées à la création d’une nouvelle structure hospitalo-universitaire pluridisciplinaire, mise en place par le Pr Dominique Guyader du service des maladies du foie au CHU de Rennes, dans laquelle des patients présentant différentes pathologies (obésité, anorexie, alcoolisme...) seraient accueillis.

Dis-moi ce que tu manges…

La troisième étude individuelle nationale des consommations alimentaires (Inca 3) est actuellement en cours. 4000 Français répartis sur 472 communes vont être sollicités pour décrire leurs consommations alimentaires pendant trois jours et leurs habitudes de vie : exercent-ils une activité physique ? Consomment-ils des compléments alimentaires ? Comment préparent-ils et conservent-ils leurs aliments... ?  Cette étude vise à mieux connaître l’état nutritionnel de la population française et à poursuivre, renforcer voire modifier la politique nutritionnelle en France.

Lancée en février 2014 pour une durée d’un an, Inca 3 est menée par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses), sous l’égide des ministères en charge de l’alimentation et de la santé et en collaboration avec l’Inpes(7) et en coordination avec le programme de biosurveillance de l’InVS(8).

Renseignements : 
www.anses.fr

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Nathalie Blanc

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